Top 5 2010 - Jean-Philippe Alba


>>> Jean-Philippe ALBA

>> Alerte Orange

> Responsable Editorial des projets Digital Games et du Musée du Jeu vidéo

L'année 2010 sera passée à la vitesse d’une étoile filante si l’on en croit les quatre premiers mois à réaliser un Musée retraçant 40 ans de jeux vidéo et qui n’aura perduré que dix petits jours au final (voir cet article de Rue89.com pour les curieux...). Ce projet passionnant mais épuisant ne m’aura laissé qu’un infime espace-temps pour pouvoir m’adonner à la critique de jeux vidéo cette année. Et sans trop comprendre comment on en est déjà arrivé à Noël, je vois germé sous mon sapin des jeux aux noms aussi évocateurs que des berceuses : God of War III, Heavy Rain, Castlevania : Lords of Shadow, Red Dead Redemption (le jeu le plus acclamé de 2010), Mass Effect 2, Dragon Quest IX, Demon's Souls, Vanquish, Resonance of Fate, Bayonetta, Darksiders, Metroid : Other M, StarCraft II. Evidemment, la liste est alléchante mais je me demande aussi qu’est-ce que j’ai bien pu fout ?!? cette année pour en arriver là ! 2011 risque donc d’être une sacrée année de rattrapage et mon top 2010 bien original aux yeux de certains… Qu’importe ! J’assume la subjectivité (après tout c’est le rôle préféré des joueurs) et si ce best-of ne reflète aucunement les tendances à suivre cette année ; il aura au moins le mérite de mettre en avant une certaine dose d’ingéniosité et de rêve parmi ces créateurs. On commence ?

I – LIMBO (XBLA)

Onirique, inventif, sombre, rêveur, magique... Nombreux sont les qualificatifs permettant de décrire les sentiments et les émotions par lesquelles passent le joueur en parcourant le titre le plus inattendu de 2010. À l’extrême opposé des locomotives ludiques que représentent God of War ou Mass Effect, LIMBO prouve simplement qu’il est encore possible de réaliser d’excellents jeux en équipe réduite sans pour autant dépenser des millions d’euros. À ce titre, il fait déjà partie du même moule que les emblématiques Another World (1991) ou Prince of Persia (1989) qui avaient été réalisés par deux game-designer de génie : Eric Chahi et Jordan Mechner. Nouveau business model (système de vente dématérialisé), joueurs conquis, critiques ravis de pouvoir débattre sur une autre façon d’appréhender le médium mais que demande le peuple ?

II – Super Meat Boy (XBLA)

Un petit morceau de viande saignant prêt à se faire découper à la moindre occasion, des graphismes en 8-bit colorés, une B.O en mode chiptunes très nerveuse et un challenge complètement surréaliste : voici le programme de ce titre déconcertant de prime abord mais qui devient très vite addictif. Une fois encore, il s’agit d’un jeu conçu uniquement par deux développeurs de génie et qui auront une belle bande démo à présenter aux éditeurs lorsqu’il s’agit de présenter un gameplay et un level-design quasi-parfaits au regard des moyens mis à leur disposition. J’ai terminé le monde blanc, je n’ai toujours pas récupéré l’intégralité des pansements et je me suis d’ores et déjà fait à l’idée que je ne parviendrais pas à terminer le monde noir : mais quel expérience ! Super Meat Boy plus difficile que le Ghost’n Goblins sorti en Arcade 25 ans plus tôt ? En 2010, qui l’eut cru ?

III - Donkey Kong Country Returns (Wii)

C’est le dernier jeu auquel j’ai joué cette année et à l’heure de sa sortie celui-là (ouf !). Pour être totalement honnête, je ne fais pas partie des inconditionnels des épisodes sortis et adulés sur Super Nintendo en 1994. Mais en ce qui concerne Donkey Kong Country Returns sur Wii, je signe tout de suite. Tout d’abord parce qu’il arbore une plastique de toute beauté ce qui est un doux euphémisme sur Wii à tel point que j’ai eu l’impression que ma console avait pris des cocktails de cycliste pendant mon absence. Ensuite franchement, Retro Studios a fait un travail incroyable sur le level-design avec des idées qui se renouvellent à chaque monde quand ce n’est pas à chaque niveau ! Impossible de les lister toutes ici et je vous renvoie donc au long test de Laurely pour ça. En tout cas, quand il s’agit de faire revivre ses icônes : on peut dire que Nintendo se donne vraiment du mal et atteint quasiment à chaque fois la perfection (Super Mario Galaxy 2, Metroid Other M, Donkey Kong Country Returns, The Legend of Zelda : Skyward Sword en 2011). Ma Wii ne prend plus la poussière et rien que pour ce geste et le défi abominable de pouvoir le terminer à 100%, je suis tenté de dire merci gorille !

 IV – Nier (PS3, X360)

Rien que pour ça, ça et ça (allez hop et ça parce que ça résume vraiment tout) : l’expérience Nier mérite d’être vécue ! Que les choses soient claires, ce jeu est bourré de défauts : des graphismes et une animation dépassés, une quête annexe de pêcheur qui en devient une private joke tellement elle est ratée, etc. Malgré tout, l’atmosphère qui se dégage de ce titre, aidé en grande partie par sa bande originale grandiose, touche réellement l’esprit. Son scénario adulte, en liaison constante avec des personnages atypiques bien éloignés du manichéisme ambiant du genre "l’occidental qui fragge du russkov ou du nord-coréen" fait plaisir à voir. Et qu’importe les erreurs, l’œuvre reste palpable de nombreuses semaines après avoir terminé les quatre fins disponibles qui font elles aussi preuve d’originalité (mais chut pas de spoiler). Nier est un coup de cœur, certainement pas un bon jeu en soi, plutôt une expérience à vivre et à poursuivre avec le CD jamais trop éloigné de sa chaine hi-fi…

V – Final Fantasy : The 4 Heroes of Light (DS)

Mais pourquoi ce jeu dans le Top 5 de 2010 ? J’avoue j’ai petit peu honte pour ce choix et j’ai longtemps hésité avec Costume Quest pour ses dialogues hilarants à la sauce Tim Schafer. Malgré tout en termes d’heures de jeu, j’en suis déjà à plus de soixante et ne me lasse toujours pas. Peut-être est-ce la fibre nostalgique qui parle avec une série que j’affectionne tout particulièrement et qui prend des tournures qui ne me convainquent pas en regard du treizième et quatorzième épisode sorti en grande pompe cette année. Suis-je pour autant un vieux joueur désenchanté ? Probablement, mais j’avoue m’être plus amusé à cet épisode à la palette graphique pastelle du plus bel effet et au challenge constant que sur un Final Fantasy XIII terminé mais au constat beaucoup plus mitigé. Ce choix s’adresse donc à tous ceux qui ont joué et aimé les premiers Final Fantasy, jusqu’à l’épisode 6 inclus. Pour les autres, il n’est pas forcément indispensable et mieux vaut lui préférer un Dragon Quest IX tout aussi remarquable.

COUP DE GUEULE
La fermeture du toit de la grande arche… et du premier musée du jeu vidéo

Difficile de ne pas saisir l’opportunité qui m’est accordée d’avoir une lettre ouverte pour ne pas évoquer la fermeture de l’arche de la Défense et par conséquence de la visite au public des deux musées* qui y avaient élu domicile. Malgré six mois de travail acharné, cinquante salariés sur la paille et une société qui était rentable d’un point de vue financier avec près de 250 000 visiteurs par an rien n’y a fait…  Le propriétaire des lieux, en l’occurrence le Ministère de l’écologie, a souhaité récupérer son bien. C’est une perte immense pour tous les joueurs, les classes et les parents qui venaient avec leurs enfants pour voir plus de quarante ans de jeux vidéo présentés d’un point de vue historique. La bataille n’est pas terminée et il serait regrettable qu’elle s’achève en un simple lieu de cocktails pour tous les hauts fonctionnaires de l’état qui n’ont pas hésité une seconde à rendre SDF deux Musées capables d’accueillir des milliers de visiteurs en répondant pleinement à leurs attentes. Rassurons-nous en pensant qu’il existe d’autres initiatives très intéressantes sur le sujet et qu’elles ont été prolongées, preuve que des expositions ou un musée national à propos du loisir le plus pratiqué en France avec 28 millions de joueurs a pleinement sa place en 2011 dans ce pays. À bon entendeur !

* Musée de l’informatique et Musée du jeu vidéo : pétitions en ligne pour la réouverture


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