Ubisoft : tout détruire pour mieux reconstruire ? L'éditeur se réinvente dans son organisation et son business model


Ubisoft : tout détruire pour mieux reconstruire ? L'éditeur se réinvente dans son organisation et son business model

Ce mercredi 21 janvier 2026, Ubisoft a présenté une refonte historique de son organisation, de son portefeuille, mais aussi de son busines model, une grande première depuis la création de la société par les frères Guillemot il y a 35 ans. Loin d’être une simple restructuration, il s’agit surtout d’une scission en cinq sociétés autonomes, chacune avec son propre nom, sa direction, sa stratégie et son autonomie financière. Une démarche qui vise surtout à recentrer le studio sur ses piliers stratégiques, à savoir les jeux d’aventure en monde ouvert et les expériences multi Games-as-a-Service (GaaS), mais aussi en étant moins dépendant des éléments qui pourraient perturber tout le groupe si jamais il y a de la casse. Et c'est loin d'être déconnant... Explications.

UBISOFT & LES 5 MAISONS CRÉATIVES

Au cœur de ce projet se trouvent les Creative Houses, des business units conçues pour rapprocher responsabilité créative et financière. Chaque maison est organisée autour d’un genre créatif spécifique et sera entièrement responsable de sa stratégie de développement, de sa relation avec les joueurs et de sa performance économique.

Vantage Studios : prend en charge les franchises phares Assassin’s Creed, Rainbow Six et Far Cry, ainsi que les studios de Montréal, Québec, Sherbrooke, Saguenay, Barcelone et Sofia.

Creative House 2 : spécialisée dans les jeux de tir compétitifs et coopératifs, avec Ghost Recon, Splinter Cell et The Division.

Creative House 3 : dédiée aux expériences Live et services durables comme The Crew, Riders Republic, Skull & Bones, For Honor et Brawlhalla.

Creative House 4 : concentrée sur les mondes narratifs et fantastiques, abritant des franchises comme Beyond Good & Evil, Might & Magic, Prince of Persia ou Rayman.

Creative House 5 : orientée sur le jeu casual et familial, surtout sur mobile, avec Just Dance, UNO ou Hungry Shark.

Chaque Creative House fonctionnera avec sa propre direction, des objectifs clairs liés à la réussite artistique et économique, et le soutien de réseaux et de services partagés, pour avancer ensemble et mieux utiliser les ressources.

ANNULATIONS & REPORTS

Le recentrage du portefeuille et de cette nouvelle réorganisation s’accompagne aussi de décisions radicales. Ubisoft a annulé six jeux qui étaient en cours de développement, dont le remake très attendu de Prince of Persia Les Sables du Temps, mais aussi 4 jeux non annoncés et un jeu mobile. Ubisoft s'est justifié par cette volonté de ne lancer que des titres respectant ses standards de qualité renforcés et malheureusement le remake de Prince of Persia Les Sables du Temps ne rentrait pas dans cette case. Parallèlement, sept autres jeux ont été reportés pour bénéficier de temps de développement supplémentaire, afin d’assurer un niveau de qualité optimal et maximiser leur valeur long terme. Les jeux n'ont pas été nommés, mais un certain Assasin's Creed Black Flag Remake fait sans doute partie des concernés. Yves Guillemot a averti les actionnaires que ces choix auront des conséquences financières lourdes sur les exercices 2026 et 2027, avec un EBIT (Earnings Before Interest and Taxes, soit les résultats d’exploitation) négatif prévu d’environ un milliard d’euros pour l’exercice en cours. Quand même...

Ubisoft

DE NOUVEAUX LICENCIEMENTS

Evidemment, l’annonce de ce plan s’accompagne également d’une poursuite des licenciements. Après avoir réduit plus de 3 000 postes dans le cadre d’un plan de réduction des coûts visant 300 millions d’euros, Ubisoft prolonge ce programme sur deux ans et prévoit au moins 200 millions d’euros d’économies supplémentaires d’ici mars 2028. Des fermetures de studios et des restructurations sont déjà en cours à Halifax, Stockholm, Abu Dhabi, RedLynx et Massive Entertainment. L’objectif affiché est de concentrer les ressources sur les activités créatrices de valeur et de réduire les coûts fixes, tout en préparant un groupe plus agile et plus efficace. Et dans ce nouvel environnement, Ubisoft impose un retour au travail sur site cinq jours par semaine pour toutes les équipes, avec un quota annuel limité de télétravail. L’entreprise justifie ce choix par la nécessité d’accroître la collaboration, le partage de connaissances et la dynamique collective, considérant que dans un marché AAA très compétitif, le travail en présentiel est un levier clé de réussite.

PERSPECTIVES & FEUILLE DE ROUTE

La réorganisation et le recentrage du portefeuille auront un impact immédiat sur les prévisions financières. Pour l’exercice 2025-26, Ubisoft anticipe environ 1,5 milliard d’euros de net bookings, une baisse de 330 millions d’euros de la marge brute par rapport aux objectifs précédents, ainsi qu’un EBIT non-IFRS d’environ -1 milliard d’euros. Le free cash flow devrait se situer entre -400 et -500 millions d’euros, tandis que la dette nette non-IFRS est estimée entre 150 et 250 millions d’euros. Malgré ces difficultés, le groupe vise une croissance durable et une génération de trésorerie robuste sur le long terme, avec des Creative Houses capables d’innover et de répondre rapidement aux attentes des joueurs grâce à une structure décentralisée et spécialisée.

DES SACRIFICES OBLIGATOIRES ?

Ubisoft entre ainsi dans une nouvelle ère, où le nom de la maison-mère sera surtout celui du quartier général supervisant cinq sociétés autonomes. Forcément, cette transformation radicale combine opportunité créative et rigueur économique, mais elle s’accompagne de risques significatifs, tant pour les salariés que pour les résultats financiers à court terme. L’annulation de titres emblématiques comme Prince of Persia et la poursuite des licenciements rappellent que le chemin vers la reconquête du leadership créatif et de la rentabilité sera semé d’embûches. Les prochains mois seront cruciaux pour observer si ce pari sur la spécialisation et la décentralisation pourra effectivement redonner à Ubisoft sa place parmi les leaders du AAA mondial. C'est tout le mal qu'on souhaite à l'éditeur français, jadis fleuron du jeu vidéo français.



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