La décision a de quoi surprendre effectivement, surtout 5 ans seulement après le rachat du studio par Sony Interactive Entertainment. À l’époque, le patron des PlayStation Studios, Hermen Hulst, vantait encore l’expertise de Bluepoint en création d’univers et de personnages. Mais entre les ambitions contrariées, les projets annulés et la stratégie changeante chez Sony, la trajectoire du studio s’est progressivement enlisée. Après l’acquisition, Bluepoint Games a continué à épauler Santa Monica Studio sur God of War Ragnarök, sorti en 2022. Une fois ce soutien terminé, le studio voulait enfin créer son propre jeu original, plutôt que de remasteriser ou co-développer des projets existants. Mais à ce moment-là, Sony misait fortement sur les jeux « live service », conçus pour générer des revenus sur la durée. Bluepoint s’est ainsi vu confier un jeu multijoueur dans l’univers de God of War, pensé comme une plateforme capable de s’étendre en suites et spin-offs, un peu à la manière d’un univers partagé.
God of War multi : Atreus le main character
Selon plusieurs sources, le concept tournait autour d’Atreus plongé dans les enfers grecs, avec des mécaniques coopératives et un support continu. Le problème, c’est que ce projet collait mal à l’ADN du studio, puisque Bluepoint Games n’avait pas sorti de jeu original depuis 2006 et possédait surtout une expertise artistique et technique, pas une grande expérience du game design ni du live service. Même avec l’aide de Santa Monica Studio, le développement a patiné pendant des années. Résultat, en janvier 2025, Sony a finalement annulé ce God of War live service, et Bluepoint Games s’est alors retrouvé sans nouveau projet concret...

Bloodborne Remake : c'est 'NON' pour FromSoftware
Une option paraissait pourtant évidente : une version restaurée de Bloodborne. Le jeu culte de FromSoftware souffre encore de problèmes techniques et les fans réclament un remake depuis des années. L’idée a été envisagée en interne, et même re-proposée début 2025. Mais selon plusieurs sources, le projet n’a jamais abouti, notamment parce que le président de FromSoftware, Hidetaka Miyazaki, ne souhaitait pas voir quelqu’un d’autre remanier son œuvre, une histoire déjà évoquée publiquement par Shuhei Yoshida lors d'un podcast.
« Je me souviens que Hidetaka Miyazaki aimait vraiment Bloodborne, ce qu’il a créé. Donc je pense qu’il est intéressé, mais il est tellement sollicité et tellement occupé qu’il ne peut pas s’en occuper lui-même. Mais il ne veut pas que quelqu’un d’autre y touche. Voilà ce que j’en pense. Et l’équipe de PlayStation respecte sa volonté. Donc c’est mon hypothèse. Je ne pense pas trahir de secret… »
Bluepoint a ensuite tenté d’autres pistes, comme une nouvelle version de Shadow of the Colossus sur PS5, un spin-off de Ghost of Tsushima, ou encore divers projets internes. Aucun n’a été validé. Dans un contexte de pressions financières et de priorités changeantes, les autres studios PlayStation hésitaient à mobiliser leurs ressources pour des projets pilotés par une autre équipe. Début 2026, Bluepoint Games se retrouvait sans projet depuis plus d’un an. Lorsque Sony a annoncé un remake de la trilogie originale God of War sans leur participation, l’inquiétude a commencé à monter en interne. Une semaine plus tard, la fermeture était officialisée. En coulisses, Sony estimait que le studio n’était plus équipé pour mener seul un projet original et qu’aucun partenariat viable ne se dessinait.

RIP Bluepoint Games
La fin est brutale pour une équipe largement saluée pour sa maîtrise technique. Le remake de Demon’s Souls (92 sur Metacritic) avait servi de vitrine au lancement de la PS5 et s’était écoulé à plus d’1,4 million d’exemplaires la première année. Depuis l’annonce, d’anciens employés cherchent un nouveau point de chute tandis que plusieurs entreprises auraient pris contact pour tenter de récupérer les talents. Rien n’est garanti, mais une chose est sûre : l’expertise technique de Bluepoint reste respectée dans toute l’industrie. Une disparition qui rappelle à quel point, que même dans les plus grandes structures, la survie d’un studio dépend autant de la stratégie que du talent.