Test Nioh 3 : un gameplay monstrueux dans un open field pas franchement emballant...
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De l’autre, le passage à l’open field est loin d’être maîtrisé. L’exploration manque d’émerveillement, la structure rappelle des open worlds d’un autre temps, et le recyclage massif d’ennemis et d’assets finit par user, surtout pour les vétérans. À cela s’ajoute une narration peu engageante, un héros sans réelle épaisseur et surtout une réalisation technique franchement datée, difficilement excusable en 2026. En résumé, Nioh 3 est un excellent jeu pour les fans hardcore de la licence, ceux qui viennent avant tout pour le combat, l’optimisation et le défi. En revanche, il risque de laisser sur le bord de la route les joueurs en quête d’un monde ouvert marquant, d’une aventure mémorable ou d’une claque visuelle. Un épisode généreux, parfois grisant, mais aussi frustrant, qui donne le sentiment d’un studio encore hésitant entre rester fidèle à ses racines et embrasser pleinement la modernité.
- Système de combat extrêmement riche et technique
- Dualité Samouraï / Ninja brillante et complémentaire
- Variété impressionnante d’armes, de styles et de builds
- Gameplay nerveux, précis et très gratifiant sur la durée
- Contenu massif et générosité exemplaire
- Zone du Purgatoire et défis annexes bien plus stimulants
- De jolies mélodies dans la bande-son
- Le 60fps qui bronche pas
- Un open field à la Ubisoft
- Graphiquement, c’est de la PS3/PS4
- Recyclage massif des ennemis et des boss
- Loot beaucoup trop envahissant
- Histoire osef, narration faible et persos peu mémorables
Si la licence Nioh existe aujourd’hui, c’est bel et bien parce que le studio Team Ninja et l’éditeur japonais KOEI Tecmo ont toujours suivi les traces de FromSoftware, le studio responsable de la Souslike-isation du jeu vidéo. Le premier Nioh sorti en 2017 était une réponse au succès de Dark Souls 1 et 2, avec cependant une approche plus nuancée des combats, plus pêchus, plus dynamiques et un brin plus stratégiques aussi, notamment avec l’introduction de son système de postures. Et depuis que Elden Ring et son open world ont débarqué un beau matin de février 2022 en se vendant par palettes entières, nombreux sont les studios à reproduire ce succès. Nioh 3 est né avec cette idée en tête et c’est la raison pour laquelle on a troqué la structure linéaire pour un open world. Un terme que les développeurs de Team NINJA n’aiment pas trop employer, puisque ces derniers parlent davantage d’open fields, c’est-à-dire des ‘zones ouvertes’. Et c’est vrai que Nioh 3 ne propose pas de monde ouvert à proprement parler, surtout quand on sait que le jeu est découpé en plusieurs époques différentes du Japon. Edo, Sengoku, Heian puis Bakumatsu, Nioh 3 nous fait voyager dans le temps, des années 1200 à l’ère 1860, en passant par les années 1500 et 1600, et de fait, il est évidemment impossible de rester sur un seul monde où tout est connecté. On va donc passer d’une région ouverte à une autre, avec néanmoins un fil conducteur narratif, pas toujours très évidemment à suivre, la faute à une histoire pas super emballante, ni même engageante et ce malgré la présence de figures historiques japonaises telles que Hattori Hanzo, Saito Fuku, Takeda Shingen ou bien encore Minamoto no Yoritomo.
ÇA PARLE DE QUOI EN VRAI ?
Après, Team NINJA n’a jamais été un studio qui a brillé pour sa narration et malheureusement, Nioh 3 ne restera pas dans les annales pour son histoire. Il est question de trahison familiale à l’aube de la dynastie Tokugawa, alors que le personnage qu’on incarne, un certain Tokugawa Takechiyo, est destiné à être couronné shogun. Mais quelques jours avant son sacre, le château d’Edo est attaqué par des hordes de yōkai, menées par Kunimatsu, le frère cadet de notre héros, rongé par la jalousie. La base peut être intéressante, mais c’est la narration qui pêche ; aussi parce qu’en multipliant les périodes historiques, les figures emblématiques et les conflits politiques, le jeu ne laisse jamais le temps au joueur de s’attacher véritablement aux personnages. Là où Nioh 1 et Nioh 2 concentraient leur récit sur des moments historiques précis, Nioh 3 dilue en fait son propos. Notre personnage principal, Tokugawa Takechiyo, souffre lui aussi de cette approche. Souvent taiseux, effacé, rarement acteur des événements, il ressemble davantage à un intrus traversant l’histoire qu’à un protagoniste qui la façonne, et ce dernier manque cruellement d’épaisseur émotionnelle. Sans doute parce que la structure en monde ouvert a complètement dilué la narration, et qu’il n’y a rien de plus difficile que de rendre une histoire intéressante dans un jeu à monde ouvert, plusieurs studios se sont déjà cassés les dents ainsi. Alors évidemment, les joueurs les plus conciliants diront qu’on n’est pas venu pour le narratif, tout comme Elden Ring et sa narration cryptique sont défendus par ses fans hardcores, mais d’autres titres comme Black Myth Wukong, Lies of P, Stellar Blade et même The First Berserker Kazan nous ont prouvé le contraire. Ce n’est donc à mon sens pas une excuse et encore moins une circonstance atténuante…
NINJA OU SAMOURAÏ ?
Si Nioh 3 vacille pas mal sur le plan narratif, il se rattrape largement sur ce qui fait le sel du jeu, à savoir son système de combat, d’autant que cette fois-ci, il a été repensé autour de deux styles distincts : le style Samouraï, dans l’esprit des deux premiers Nioh, et le style Ninja, plus rapide et plus agile et qui risque de convenir à de nombreuses personnes en vrai. Il s’agit de deux styles de gameplay radicalement différents, mais totalement complémentaires, surtout que d’une simple pression sur la gâchette, il est possible de passer de l’un à l’autre en un claquement de doigt, et mine de rien, ça change totalement la méta. En fait, le style Samouraï reprend les bases des Nioh précédents, avec un focus sur les armes lourdes, la gestion du Ki, et les combats rapprochés. On dispose aussi d’une jauge d’Arts qui permet d’activer la technique “Maîtrise des Arts”, qui améliore les attaques puissantes et réduit la consommation de Ki, sachant qu’on peut passer entre différentes postures (Haute, Moyenne et Basse) pour varier le type d’attaque et leur portée aussi.
Le style Ninja introduit quant à lui une dynamique plus rapide et plus tactique également, centrée sur l’agilité, les attaques à distance, le Ninjutsu et les techniques avancées comme le saut d’appui ou l’attaque par derrière, qui inflige d’ailleurs des dégâts supplémentaires. Et puis le fait qu’on puisse gérer en même temps la jauge Ninjutsu et la jauge d’Arts permet de combiner techniques à distance et attaques de mêlée avec une belle fluidité. Je ne vais pas vous cacher que c’est le style avec lequel j’ai le plus joué, mais le fait de pouvoir passer instantanément d’un style à l’autre ouvre la voie à des combos mortels et à des tactiques qu’on peut adapter selon les adversaires qu’on a en face de soi. Le truc un peu contraignant, c’est que les deux styles fonctionnent selon des logiques vraiment différentes au point d’en perturber la mémoire musculaire, en particulier lors des situations critiques. Du coup, en enrichissant son gameplay avec deux approches distinctes, Nioh 3 demande au joueur de non seulement maîtriser un système complexe, mais d’en apprendre deux simultanément.
Ceci étant dit, s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Nioh 3, c’est sa grande générosité. Les deux styles de combat disposent chacun de 7 types d’armes distincts, ce qui offre une variété rarement égalée dans le genre. À cela s’ajoutent la magie Onmyō, les capacités yōkai, les Esprits Gardiens, les compétences spécifiques à chaque forme, la répartition des statistiques et un système d’équipement extrêmement détaillé. Il faut le dire, peu d’action-RPG récompensent aussi bien l’investissement et la maîtrise d’un gameplay, c’est très satisfaisant. Chaque amélioration, chaque ajustement de build peut radicalement transformer l’expérience de jeu, en attendant l’arrivée de Crimson Desert qui s’annonce lui aussi gargantuesque au niveau des possibilités. Certains seront d’ailleurs perdus dans ce maelström de personnalisation, les autres jubileront. On fait partie de cette deuxième catégorie.
LE MONDE OUVERT : LA FAUSSE BONNE IDÉE
Venons-en maintenant au choix de passer à l’open world, ou plutôt à l’open fields, ce qui constitue la rupture la plus controversée de ce Nioh 3. Sur le papier, ouvrir le terrain de jeu promet plus de liberté, une progression moins balisée et surtout une montée en puissance plus organique. FromSoftware a réussi la transition haut la main en passant de Dark Souls à Elden Ring, même si ce dernier a abusé sur le recyclage d’assets passés à outrance, mais en s’inspirant du côté très organique où l’exploration est récompensée façon Zelda Breath of the Wild, la réussite fut totale. Ce qui n’est malheureusement pas le cas du monde semi ouvert de Nioh 3, et ce pour plusieurs raisons. La première, c’est que le studio Team NINJA a opté pour une approche un brin old school de la structure ouverte, celle qui faisait la fierté d’Ubisoft, mais qui est conspuée aujourd’hui. Oui, la map de Nioh 3, c’est une avalanche d’activités secondaires, d’objectifs à cocher, d’icônes dans tous les sens et une interface tout droit sortie d’un open world d’il y a quinze ans. Là où la Team Ninja aurait pu s’inspirer de la sobriété d’un FromSoftware, elle a préféré l’excès d’un Ubisoft, comme elle l’avait déjà fait avec le très oubliable Rise of the Ronin qu’on avait testé en 2024. Même en termes d’exploration, le monde semi-ouvert de Nioh 3 déçoit. Alors oui, il y a mille et une choses à récupérer, car le loot est toujours à outrance dans le jeu, mais le level design manque singulièrement de panache pour donner envie de se perdre. Je ne sais pas si c’est l’envie ou le temps qui manquait, mais très clairement, l’open field de Nioh 3 donne le sentiment d’avoir été assemblé avec des niveaux des précédents Nioh 1 et 2, sans véritable cohérence.

Même du côté du bestiaire, on est un peu déçu, avec un recyclage massif des ennemis et des boss qui accentue ce problème. Les vétérans de la licence Nioh reconnaîtront immédiatement des adversaires autrefois redoutables, mais qui désormais affadis par leur présence répétée et par une difficulté globale revue à la baisse. Les boss principaux conservent leur caractère impitoyable, mais les ennemis standards peinent à maintenir une pression constante. Peut-être aussi parce que le style ninja est vraiment redoutable pour les feinter davantage… Autre aspect qui divise les joueurs, c’est le loot. Il est à outrance dans Nioh 3 et si on peut évidemment parler de générosité, il a aussi tendance à noyer le joueur sous des milliers d’objets. Que ce soit les armes, les armures, les accessoires, tout s’accumule à un rythme incessant, ce qui nous oblige à faire du tri en permanence. Personnellement, j’aurais préféré la qualité à la quantité. Reste alors toute la zone de Purgatoire, qui équivaut en quelque sorte aux donjons de ce Nioh 3 et dans lesquels la difficulté est accrue, par des ennemis plus coriaces qui infligent des dégâts plus importants. Il existe plusieurs types de purgatoire selon la période qu’on traverse (feu, glace, sang, pièges) et c’est au joueur de découvrir chaque entrée qui est méticuleusement gardée.
AH OUI, C’EST BIEN CHEUM
Il est temps d’aborder le sujet qui fâche vraiment avec ce Nioh 3 : son rendu visuel, et malheureusement, le jeu donne l’impression d’avoir au moins 10 ans de retard. La franchise n’a jamais vraiment brillé par ses graphismes, Nioh 1 et Nioh 2 avaient déjà du retard sur la concurrence lorsqu’ils sont sortis et Nioh 3 ne fait que creuser le gap avec ce qui se fait aujourd’hui. On ne prendra pas Elden Ring en exemple, puisque lui aussi est techniquement à la ramasse, mais quand on voit un certain Black Myth Wukong, on ne peut s’empêcher de dire qu’il serait temps pour Team NINJA de se mettre à la page. Alors certes, le jeu propose une certaine direction artistique qui sauve un peu les meubles, avec des designs de yōkai, d’armes et d’armures qui sont jolis à regarder, mais quand on s’attarde sur les modèles 3D assez rudimentaires, les textures floues et baveuses, les animations pas folles et les chargements de textures tardifs, il y a de quoi tirer la gueule. Alors oui, côté technique pure, Nioh 3 garde ses 60fps constant, mais se taper un jeu qui a la tête d’un jeu de fin de gen PS3, début de gen PS4 en 2026, c’est à la limite de l’acceptable… À l’inverse, la bande-son est de très belle facture, avec des morceaux qui mélangent instruments traditionnels japonais et orchestrations épiques capable de sublimer l’action, tandis que le doublage japonais, en particulier, renforce considérablement l’immersion. Parce que oui, par pitié, jouez en jap et non avec les voix anglaises horribles…
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