Fallout : Hollywood a enfin compris comment adapter du jeu vidéo (Critique + Analyse)


Fallout : Hollywood a enfin compris comment adapter du jeu vidéo (Critique + Analyse)Ça fait bizarre de l'écrire après des décennies de conspuation de leur part, mais oui, Hollywood a enfin compris comment il fallait adapter nos jeux vidéo. Il en fallu du temps, des décennies même, mais les producteurs, les scénaristes et même les réalisateurs ont enfin compris que balancer des crottes de nez à la gueule des gamers, ce n'était plus très rentable passé les années 2020. Vous l'avez compris, non seulement nous avons adoré la série Fallout, mais c'est objectivement la meilleure adaptation d'un jeu vidéo au format série télé, au-dessus même de celle de The Last of Us. Pourquoi ? C'est évidemment ce qu'on va voir ensemble dans les paragraphes qui suivent, puisque que j'ai passé mon lundi entier à binge-watcher les 8 épisodes de ce show porté par Jonathan Nolan, qui n'est autre que le petit frère de Christopher Nolan. Et si la série d'Amazon Prime Video est autant une réussite, c'est aussi parce que Jonathan Nolan est un consommateur de jeu vidéo et quelqu'un qui aime profondément la série Fallout. Oui, le combo parfait.

Cinéma et Jeux VidéoOn peut le dire sans soucier de se faire reprendre de volée par les haters de Twitter : on est actuellement sur belle trend en matière d'adaptations de jeux vidéo en films ou série télé. Arcane, Cyberpunk Edgerunner, The Last of Us, Gran Turismo, Super Mario Bros (malgré le vide abyssale de son récit et de sa narration), le dernier Mortal Kombat dans une certaine mesure (oui je sais, il part en quenouille à la moitié du film, mais il avait compris quelque chose au moins), Fallout (et de loin), on est désormais sur des productions plus qualitatives que dans les années 90 et 2000, même si je sais qu'il reste encore quelques belles crottes comme le dernier Resident Evil, Monster Hunter, ou plus récemment la série Halo qui s'est faite malmener par les joueurs sur Rotten Tomatoes. Mais alors qu'est-ce qui a réellement changé ces dernières années à Hollywood ? Si l'on en croit Jonathan Nolan, qui est à la fois le showrunner de la série, mais aussi producteur, co-scénariste et réalisateur des trois premiers épisodes (les meilleurs d'ailleurs), c'est qu'on a désormais une toute nouvelle génération de réalisateurs qui ont grandi en ayant réellement joué aux jeux vidéo. Des propos qui ont été recueillir par le magazine Première, qui rappelle que le petit frère de Christopher Nolan a 47 ans, une génération qui a donc connu l'émancipation du jeu vidéo, qui s'assume pleinement comme un gamer dans les interviews qu'il donne et que contrairement aux précédents réalisateurs et scénaristes, il ne prend pas le jeu vidéo de haut.



LE JEU VIDÉO ENFIN CONSIDÉRÉ ?

Car oui, pendant des décennies, Hollywood a regardé le média jeu vidéo comme un art mineur, une sous-culture même, alors que des cinéastes comme lui le considèrent avec admiration. Jonathan Nolan a découvert le jeu Fallout avec le 3è épisode en 2008 et a passé près de 40h dessus. De quoi lui donner envie d'aller plus loin et de s'intéresser à la licence dans son entièreté et de proposer à Todd Howard, le producteur de tous les deux, une collaboration ensemble. Impliquer le créateur des matériaux d'origine, en voilà une bonne idée, chose que Craig Mazin a fait avec la série The Last of Us, en embauchant Neil Druckmann à l'écriture, la production et même la réalisation de l'Episode 2. Elle est là la recette miracle, celle qui va permettre de comprendre véritablement le matérieu d'origine, sans le dénigrer, et allez au-delà même. Parce qu'avant de faire du pognon dessus, l'intention de ces nouveaux créateurs est artistique avant tout, avec le respect qu'on doit à cette industrie incroyable qu'est le jeu vidéo.

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Toujours dans l'interview donnée à Première, Jonathan Nolan estime d'ailleurs que les créateurs de jeux vidéo ont réussi là où le cinéma a échoué, c'est-à-dire oser écrire des histoires couillues, qui sortaient des sentiers battus, empruntant une voie punk-rock que le cinéma n'a pas oser prendre. C'est vrai que l'histoire de Fallout ne manque pas d'inspiration, avec une patte artistique incroyablement cinématographique, qui rappelle aussi celle de BioShock également. Ambiance atompunk pour Fallout et steampunk pour celui du jeu de Ken Levine, avouez que ces mouvements culturels s'adaptent parfaitement pour les histoires qui sortent de l'ordinaire. D'ailleurs, je vous rappelle que BioShock est lui aussi prévu en film via une adaptation produite par Netflix. Est-ce que je suis rassuré ? Je ne sais pas. Netflix est capable du bon comme du pire, rarement du meilleur, d'autant qu'adapter l'univers de BioShock en 2h ou 2h30 est un exercice périlleux. Je pense qu'il aurait fallu opter pour le format série télé. Mais on verra le moment venu.

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Bref, tout ça pour revenir à notre propos d'origine, à savoir clamer haut et fort que Fallout est à ce jour la meilleure adaptation d'un jeu vidéo, sans contestation possible. Certains me diront The Last of Us, mais qu'est-ce qui fonctionne mieux avec Fallout plus qu'un autre ? Tout simplement parce qu'avec Fallout, Jonathan Nolan s'est servi de la base des jeux vidéo pour en faire une oeuvre distincte, alors que The Last of Us est presque une adaptation plan par plan du jeu vidéo. Il y a plusieurs raisons à cela et ce n'est pas une raison pour dicréditer l'une plus qu'une autre. Disons que le jeu The Last of Us est tellement cinématographique dans sa mise en scène, sa narration et son écriture qu'il suffisait de transposer le jeu en série télé presque bêtement simplement pour que la sauce prenne, et ainsi atteindre un nouveau public. Et ça a fonctionné, d'autant que certains épisodes se permet d'étendre le lore.

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Pour Fallout, c'est un peu plus compliqué, dans le sens où la série comporte déjà bien plus de jeux, et qu'il n'y a pas vraiment de héros assimilé. Le personnage qu'on joue dans les jeux Fallout sont des créations des joueurs, des avatars qu'on créé de la tête aux pieds. Choix du sexe, de la forme du visage, de sa coupe de cheveux, de ses aptitudes, chaque héros de Fallout correspond à l'identité du joueur créateur. Ça ne fonctionne évidemment pas comme ça dans un film ou une série, où le spectateur doit s'identifier à un protagoniste précis, avec un passif, une personnalité identifié. C'est là où le génie créatif de Jonathan Nolan rentre en jeu : en focalisant son récit sur non pas 1 mais trois personnages majeurs et inventés de toutes pièces, basés évidemment sur le lore du jeu vidéo. On a donc Lucy MacLean, jouée par l'hypnotisante Ella Purnell, jeune femme solaire, limite candide et pour cause, elle est née et a grandi dans un des nombreux Vaults, ces abris anti-atomiques qui ont protégé les riches de la guerre nucléaire pendant près de 200 ans. C'est sa naïveté et son positivisme sans limite qui vont la rentre ultra sympathique, mais aussi très vulnérable au monde extérieur, ce fameux Wasteland où l'ultra violence est devenue le quotidien des survivants des bombes nucléaires.

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On a également Aaron Moten qui joue le rôle de Maximus, un membre de la Confrérie de l'Acier, qui va passer de simple écuyer en Chevalier capable de piloter ces armures surpuissantes, afin de sillonner le Westland sans craindre le moindre danger. Il va devenir un allié de taille à Lucy et sa personnalité assez froide au départ, mais déterminé, va faire de lui un personnage intéressant à suivre également. Personnellement, je ne connaissais pas cet acteur de 35 ans, et très sincèrement, j'ai été agréablement surpris par ces performances. J'avais vraiment l'impression de voir une version jeune de Denzel Washington, aussi bien dans ses traits physiques que ses performances d'acteur.

Et enfin, il y a bien sûr la Goule, une créature iconique des jeux Fallout, qui ressemble à une sorte de zombie dans sa représentation physique, alors qu'il s'agit plutôt d'un humain qui a été ytrop longtemps exposé aux radiations, d'où ses airs d'être putréfié, auxquels il manque des parties de son corps et qui possède une force surhumaine. Le génie de Jonathan Nolan, c'est d'avoir fait d'une créature à buter dans le jeu le personnage le plus intéressant de la série, en lui écrivant un passé, un présent et même un futur. Cherry on the cake, le rôle a été confié à l'excellent Walton Goggins qui a enfin un rôle à la mesure de son talent. Lui qui a toujours joué les seconds couteaux ou les tarés à Hollywood, je suis très heureux que Nolan ait pensé à lui pour le rôle de Cooper Howard / La Goule.

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Et ces trois personnages que tout oppose vont donc se croiser à plusieurs reprises dans les 8/9h de programme de cette Saison 1 de Fallout, avec en prime cette narration découpée et alternée en trois prismes différents. On va passer de l'un à l'autre avec un rythme parfaitement maîtrisé, tout en continuant à donner du grain à moudre à l'histoire centrale et commune, avec d'autres personnages importants qui vont s'y greffer. Je pense notamment à la partie enquête de Norman McLean, le petit frère de Lucy, dont les révélations sont sans doute ce qu'il y a de plus important dans la série. Et en plus de cette narration qui parvient à tenir en haleine sur les 8 épisodes d'1h chacun, il y a aussi cette volonté de changer les décors et les époques. On passe des abris anti-atomiques avec leur ambiance atompunk au environnements ravagés et désolés du Wasteland, lorgnant parfois du côté du western, un genre que Jonathan Nolan a bien étudié puisqu'il sort également de la série Westland, dont il est le co-créateur également. J'espère d'ailleurs qu'ils pourront la finir, même si HBO a annulé la dernière saison.

OKI DOKI

Vous l'avez compris, si Fallout est aussi qualitatif, c'est grâce avant tout à son histoire, sa narration et son ambiance, mais aussi grâce à la qualité de sa mise en scène et de ses décors, filmés pour la plupart du temps en extérieur dans des décors naturels. Bien sûr, la série comporte énormément d'effets spéciaux et d'effets numériques, mais Jonathan Nolan voulait un rendu grounded, réaliste, et entre le désert de Namibie et les les montagnes de l'Utah, la série n'hésite pas à mettre en valeur ses paysages, souvent saisissants, d'autant que les plans larges permettent de mieux considérés l'étendu de ce monde post-apo. Le budget est là, 153 millions de dollars pour la totalité de la série, et ça se ressent à l'écran. L'esthétique est là, souvent grandiose, d'autant que Nolan n'a pas lésiné non plus sur l'ultra violence. Nous suivons un groupe de personnes dans un monde ravagé, sans loi, sans ressources, forcément, tout le monde s'entretue pour un rien. Le sang gicle donc avec abondance, les membres explosent, les têtes sont décapitées, avec un côté volontairement caoutchouteux et absurde, pour coller à cette ambiance atom-punk surréaliste et parfois burlesque. Tout cela est évidemment assumée et ajoutez à cela une bande-son complètement rétro-délicieuse, avec des morceraux venus de l'Amérique des années 60, et vous aurez un bel aperçu de ce qui vous attend. Bien sûr que le thème principal est dans la série, d'autant que le sound design reprend aussi les sons des jeux vidéo. Un vrai régal pour les oreilles. D'ailleurs, les fans de la série vont adorer spotter tous les easter eggs issus des jeux vidéo qui ont été placés avec intelligence et parcimonie, d'autant qu'on a même droit à l'origin story de certains éléments du jeu, comme la création du Vault-boy, extrêmement bien trouvé.

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Fallout est l'exemple parfait de ce qu'on peut faire quand on trouve les bonnes personnes pour adapter les jeux vidéo qui méritent de sortir du cadre de leur medium. Holywood a enfin compris ce que les joueurs attendaient, quels sont les moments d'un jeu qu'il faut adapter, à quel point on pouvait s'en éloigner ou pas et quand l'exercice est réussi, on génère de l'intérêt pour les jeux, puisque depuis que la série télé est sorti, les ventes des jeux Fallout ont été relancés de plus belle. Et si les jeux vidéo étaient devenu la nouvelle poule aux d'or d'Hollywood, qui ne peut plus compter sur les films de super-héros pour faire exploser son box office ? J'en suis persuadé.

NOTRE NOTE : 9/10

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