Test également disponible sur : Wii

Test Manhunt 2

Test Manhunt 2
La Note
note Manhunt 2 11 20

Dénué de ses exécutions gores et ultra violentes, Manhunt 2 perd en intérêt, c’est indéniable. S’il est encore possible d’apercevoir quelque chose dans la version PlayStation 2, le filtre graphique, les couleurs saturées, la lumière surexposée et les mouvements épileptiques de la caméra empêchent d’apprécier le moindre spectacle sur Wii. Une hypocrisie absurde quand on voit que d'autres titres bien plus dérangeants et malsains parviennent à passer outre la censure. C’est d’autant plus regrettable car l’ambiance snuff, la psychologie torturée du héros Daniel Lamb (qui n’a rien d’un agneau d’ailleurs) et les quelques bonnes idées auraient fait de ce jeu un bon défouloir pour les âmes en manque d’hémoglobine.


Les plus
  • L'ambiance snuff movie
  • Les exécutions par la Wiimote et le Nunchuk
  • Bande-son de qualité
  • L'esprit torturé de Lamb
Les moins
  • Graphismes en retrait
  • Les séquences de shoot qui cassent l'ambiance
  • Censure qui n'a pas de sens


Le Test

Il aurait dû sortir le 22 juin 2007 si la censure n’avait pas – encore – frappé. Jugé immoral et débordant de violence gratuite, Manhunt 2 sera néanmoins parvenu à se faufiler à travers les mailles du filet de l’ESRB et du PEGI (les deux organismes de classification qui sévissent respectivement aux Etats-Unis et en Europe) non sans quelques concessions. Un an après une version américaine épurée de toute violence – ou presque – le snuff game de Rockstar Games reste-il encore intéressant ? Une question à laquelle nous allons tenter d’y répondre par le biais de ce test.


Enfant terrible du jeu vidéo, Rockstar Games n’a pas son pareil pour faire parler de lui – et accessoirement de ses jeux – avec hype, intérêt voire même classe. Souvent décalés, parfois précurseurs, les titres de la société fondée par les frangins Sam et Dan Houser ne laissent jamais indifférents, quel que soit la licence. Si l’éditeur a atteint un degré de popularité grâce à GTA et son politiquement incorrect de rigueur, l’arrivée de Manhunt en 2004 avait vu naître une passion quelque peu sordide de ces créateurs en herbe. Ambiance snuff movie, images volontairement crades et background qui respire la crasse, le premier Manhunt était parvenu à séduire la presse, prise de passion par ses meurtres en série et sans pitié. Le public a lui aussi répondu présent et c’est sans nul doute grâce à cette popularité que Rockstar Games a souhaité lui donner un petit frère. Développé par Rockstar London, le dernier studio interne à avoir vu le jour, Manhunt 2 n’a pourtant pas grand-chose en commun avec son aîné, si ce n’est cette atmosphère sordide où la finalité du jeu reste l’exécution viscérale, peut-être absurde, si bien qu’elle en devient totalement insensée. Malgré ce parti-pris "artistique", les créateurs ne sont pas parvenus à éviter la censure, toujours là quand il faut, comme Astro le petit robot. Passé cette petite parenthèse – en chanson –, on peut enfin se plonger dans le scénario un brin fracassé du jeu.

 

The Silence of Lamb

 

Aux commandes de Daniel Lamb, le joueur assiste – passivement – à l’exécution (un étranglement) du Dr Whyte, l’un des médecins qui suivaient de près son cas psychique. C’est ainsi que débute Manhunt 2, par un meurtre de sang froid auquel vient se greffer un hurlement nerveux provoqué par une incompréhension de l’intéressé, ce qui permet de plonger d’emblée le joueur dans l’ambiance qui s’annonce bien malsaine. Si Daniel fait partie des patients qui séjournent au Dixmor Hospital, ce n’est pas par défaillance psychologique mais bien parce qu’il a servi de cobaye aux expériences foireuses de scientifiques bossant pour un groupuscule obscur. Mais le soir de son acte odieux, c’est tout l’établissement qui est pris d’assaut par ces barrés du cerveau bien décidés à revoir la lumière naturelle du jour. On est donc loin du jeu de télé-réalité où l’on tuait des malfrats sans scrupules pour les besoins d’une télé locale en manque d’audience. Cependant, Manhunt 2 a conservé son fil conducteur principal, celui qui lui permet d’affirmer haut et fort son statut de suite directe ou même spirituelle, à savoir l’extrême violence. Si la première version que nous avions entrevue il y a un an et demi déjà nous permettait de constater à quel point l’imagination des développeurs de Rockstar London était sadique, la copie corrigée et acceptée par les motions de censure n’a plus grand-chose à voir avec le modèle d’origine. Si sur PlayStation 2, les exécutions sont masquées par des flashs de lumière, empêchant de distinguer quoique ce soit, sur Wii, c’est carrément un filtre rouge doté d’une lumière surexposée et d’une caméra instable qui vient gâcher le spectacle mortuaire. C’était le prix à payer pour voir un jour Manhunt 2 sortir dans le commerce, et bien entendu, cette épuration totale dénature le concept d’origine et ternit un peu plus l’image de Manhunt 2.

 

Si la première version que nous avions entrevue il y a un an et demi déjà nous permettait de constater à quel point l’imagination des développeurs de Rockstar London était sadique, la copie corrigée et acceptée par les motions de censure n’a plus grand-chose à voir avec le modèle d’origine."

 

Difficile donc de devoir fournir un effort supplémentaire, couper son souffle pendant quelques secondes et maintenir plus longtemps la touche d’exécution si le résultat à l’écran ne présente plus aucun intérêt. Reste alors la jouissance de mimer les gestes pour ceux qui jouent avec la version Wii, qui offre une interactivité plus intéressante, appuyée en outre par l’impact des coups, les bruitages de chair qui se déchiquètent, d’os qui craquent et autres cris insoutenables. Mais avant de pouvoir jouir d’un tel spectacle, il faut apprendre à évoluer à petits pas de loups, ne pas faire de bruit et se cacher dans la moindre zone d’ombre, afin de surprendre l’ennemi au balayage oculaire restreint. Ces moments où Daniel Lamb reste tapis dans l’ombre, attendant le passage innocent d’un garde rappelle évidemment Splinter Cell, la variété d’actions en moins. Cela dit, à l’instar de Sam Fisher, Lamb est capable de déplacer les cadavres de ses victimes pour les mettre à l’abri des regardes indiscrets. Cela n’est pas valable pour toutes les situations, mais dans les zones peuplées, mieux vaut ne pas laisser de trace derrière soi. Mais soyez rassuré, si un ennemi venait à vous repérer, la partie continue pour se terminer souvent par des combats au corps à corps. La palette d’attaques de Daniel est d’ailleurs assez limitée puisqu’il n’est capable que de balancer quelques pichenettes de-ci de-là. Rien de bien grisant, même si sur Wii, il est demandé de gesticuler la Wiimote et le Nunchuk.

 

Chasse et pêche

 

Mais s’il y a bien un aspect où les concepteurs ont raté le coche, c’est bien au niveau des phases de shoot, beaucoup trop nombreuses et qui cassent le rythme de l’infiltration pourtant imposée au début du jeu. Elles étaient déjà là dans le premier numéro, mais l’utilisation des armes à feu gâchent un peu le plaisir, puisqu’elle diminue l’intérêt de prendre l’ennemi par surprise et évince totalement tout la tension qui résultait de cette approche furtive. Bien évidemment, l’intention des développeurs n’est pas mauvaise en soi, le but étant de varier les plaisirs, mais la visée maladroite (surtout sur Wii) ne fait qu’accentuer ce sentiment de déséquilibre. Il y a bien un semblant de système de couverture repris des références actuelles des jeux d’action à la troisième personne, mais rien de bien solide pour vraiment apprécier ce choix de game design. Pour ce qui est de la réalisation, Manhunt 2 ne fait évidemment pas le poids avec les autres jeux de sa catégorie. Faut-il d’ailleurs le comparer aux titres HD des consoles PS3 et X360 quand on sait qu’il a été pensé spécialement pour la PlayStation 2 et la Wii, les deux consoles les plus faibles du marché. Cela ne justifie en rien la modélisation très succincte et cubique des personnages, et on reconnaît sans peine l’ancien moteur maison développé par Rockstar Games, celui-là même qui faisait tourner les GTA de l’ancienne génération ou bien encore The Warriors. Evidemment, en 2008, les canons ont quelque peu évolué et on sent bien que Manhunt 2 traîne un peu sa carcasse. Mais Manhunt 2, ce n’est pas que des défauts, fort heureusement. Au-delà de l’aspect purement technique et des choix assez contestables de game design, le titre de Rockstar Games propose une ambiance malsaine qui plaira sans nul doute à tous ceux qui aiment avoir des frissons dans le dos, le soir devant leur poste de télévision. On est loin des coups de flippe de Condemned 2, mais il faut bien admettre que le côté crasseux des lieux donnent l’impression de voyager au travers d’un snuff movie interactif. Ce n’est certainement pas du meilleur goût, mais si l’on avait félicité le premier épisode pour cet aspect, il n’y a pas de raison pour qu’on l’oublie dans cette suite. Quoiqu’on en dise, si Manhunt 2 perd de son intérêt, c’est surtout à cause de la censure dont il a été victime. Avoir un vieux filtre graphique à la place d’images sanglantes réduit à néant tout le processus qui faisait de Manhunt 2 un titre gore, développé comme tel, vendu comme tel et apprécié comme tel. Au cinéma, on a vu plus violent…





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