Test également disponible sur : Switch 2

Test Yoshi and the Mysterious Book : un concept génial, mais une formule trop sage

Test Yoshi and the Mysterious Book : un concept génial, mais une formule trop sa
La Note
note Yoshi and the Mysterious Book 15 20

Avec Yoshi and the Mysterious Book, Nintendo et le studio Good-Feel livrent sans doute l’épisode le plus atypique de toute la série. Là où beaucoup attendaient un simple jeu de plateforme coloré dans la continuité des précédents opus, le studio propose finalement une aventure bien plus contemplative, expérimentale et orientée puzzle qu’on ne pouvait l’imaginer. Le titre transforme complètement la formule Yoshi en immense terrain d’expérimentation interactif. Ici, le plaisir ne vient plus vraiment du challenge ou de la précision des sauts, mais de la découverte permanente, à savoir observer des créatures étranges, comprendre leurs comportements, tester des interactions absurdes et revenir dans d’anciens niveaux avec un regard neuf. Pendant ses meilleurs moments, le jeu retrouve cette magie très Nintendo capable de transformer une idée simple en source constante d’émerveillement. Et pourtant, difficile de ne pas ressentir une légère frustration face au potentiel énorme que le jeu laisse parfois entrevoir sans jamais l’exploiter totalement. Certaines mécaniques brillantes arrivent tardivement, puis disparaissent presque aussitôt, tandis que plusieurs idées excellentes restent finalement sous-utilisées. À force de privilégier l’accessibilité et le renouvellement constant, Yoshi and the Mysterious Book manque parfois d'ambition dans sa structure globale et finit même par devenir répétitif sur la longueur. Et même si toutes ces idées ne fonctionnent pas toujours parfaitement, même si certaines s’épuisent trop vite ou restent frustrante­ment sous-exploitées, le voyage reste constamment porté par cette envie sincère de surprendre et de faire sourire. Et puis malgré ses défauts, Yoshi and the Mysterious Book possède quelque chose de rare : une vraie personnalité. Sa direction artistique magnifique, son univers vivant, son bestiaire mémorable et son approche basée sur la curiosité donnent naissance à une aventure sincèrement rafraîchissante dans le catalogue Nintendo. Ce n’est peut-être pas le Yoshi le plus ambitieux ni le plus exigeant, mais c’est probablement le plus singulier depuis très longtemps. Une aventure douce, inventive et pleine de charme, qui prouve qu’il reste encore possible pour Nintendo de surprendre avec ses licences les plus familières.


Les plus
  • Un immense laboratoire expérimental très rafraîchissant
  • Sens constant de la découverte
  • Design des créatures variée et souvent rigolo
  • Gameplay accessible et agréable à prendre en main
  • Beaucoup de contenu pour les complétionnistes
  • Une vraie prise de risque dans la formule Yoshi
Les moins
  • Difficulté inexistante
  • Certaines idées brillantes qui sont sous-exploitées
  • La structure des niveaux isolés qui aurait mérité de prendre de l'ampleur
  • Revisiter les niveaux peut manquer d’intérêt
  • Peu de challenge pour les amateurs de plateforme exigeante


Le Test

Après plusieurs épisodes cantonnés à du plateformer classique, parfois jugé trop sage, Yoshi revient sur Nintendo Switch 2 avec une proposition étonnamment différente. Avec Yoshi and the Mysterious Book, Nintendo et le studio Good-Feel abandonnent presque totalement ce qui a toujours fait le sel des jeux avec notre dinosaure vert pour proposer un immense terrain d’expérimentation interactif. Plus proche de la réflexion avec cette notion de curiosité et flirtant même du côté du puzzle game que du plateformer traditionnel, ce nouvel opus mise avant tout sur la découverte, l’observation et l’expérimentation. Le résultat est un jeu profondément attachant, débordant de charme et de créativité, mais qui ne va malheureusement jusqu'au bout de ses géniales idées. Verdict après avoir refermé toutes les pages de ce grimoire inattendu.


Le concept de Yoshi and the Mysterious Book est simple, mais immédiatement séduisant : un mystérieux livre vivant nommé Mysterius tombe du ciel sur l’île des Yoshis. Amnésique, l’ouvrage a perdu toutes les informations concernant les créatures qui peuplent ses pages. Yoshi va alors devoir parcourir les différents chapitres du livre afin d’étudier la faune locale, découvrir ses comportements et compléter progressivement une gigantesque encyclopédie vivante. Une idée qui pourrait sembler anecdotique sur le papier, mais qui donne finalement naissance à l’une des expériences les plus atypiques proposées par Nintendo ces dernières années.

Yoshi and the Mysterious Book

STORY TIME

La première chose qui tape dans l'oeil avec Yoshi and the Mysterious Book, c’est sa direction artistique. Après les mondes en laine de Yoshi’s Woolly World et les décors en carton de Yoshi's Crafted World, le studio Good-Feel opte cette fois-ci pour un univers inspiré des livres illustrés pour enfants. Chaque environnement ressemble à une page dessinée à la main, avec des contours esquissés, des textures crayonnées et des couleurs pastel extrêmement douces, et oui, le résultat est superbe. Sans chercher à impressionner techniquement par la puissance brute, le jeu affiche une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Les décors semblent littéralement vivants, avec certaines zones qui perdent leurs couleurs sur les bords des pages, des annotations qui apparaissent directement sur le décor lorsqu’une découverte est effectuée, et les créatures qui interagissent naturellement entre elles dans des scènes pleines de petits détails charmants. Cette cohérence artistique donne véritablement l’impression de feuilleter un livre interactif.

Chaque biome possède sa propre ambiance, entre les forêts luxuriantes, les littoraux baignés de soleil, les plaines venteuses ou les cavernes plus mystérieuses. Même lorsque le gameplay montre ses limites, le plaisir de découvrir une nouvelle page reste intact grâce à cette mise en scène extrêmement soignée. L’animation participe également énormément au charme général. Yoshi conserve ses expressions adorables et son aspect légèrement rétro, tandis que les créatures affichent des comportements variés et souvent hilarants. Certaines dansent, d’autres chantent, gonflent, explosent, rebondissent ou réagissent bizarrement selon ce qu’on leur donne à manger. Le monde paraît constamment vivant. Tout n’est cependant pas irréprochable techniquement. Quelques légers ralentissements peuvent apparaître dans certaines situations chargées, et le mode portable souffre parfois d’un léger flou ou d’artefacts visuels liés à l’effet crayonné. Rien de dramatique, mais suffisamment visible pour être mentionné.

Yoshi and the Mysterious Book

UN LABORATOIRE D'IDÉES

Là où Yoshi and the Mysterious Book surprend réellement, c’est dans sa façon de détourner complètement les habitudes de la série. Dès les premières minutes, le jeu annonce clairement ses intentions, puisqu'ici, il ne s’agit plus simplement de courir vers la droite en avalant les ennemis avant de récupérer une pièce ou un item-bonus. Le cœur du gameplay repose désormais presque entièrement sur l’expérimentation et l’observation. Chaque niveau fonctionne comme une sorte de mini écosystème interactif centré autour d’une créature particulière. Le jeu nous présente d’abord cette dernière de manière relativement simple, puis nous laisse progressivement découvrir toutes les possibilités qu’elle offre. Certaines peuvent être transportées, d’autres mangées, d’autres encore réagissent au feu, à l’eau, au bruit, aux aliments ou à la présence d’autres espèces. Et surtout, le jeu ne donne quasiment jamais la solution immédiatement.

Cette philosophie change complètement le rythme de l’aventure. Là où un épisode classique de Yoshi récompensait surtout la précision des sauts ou l’exploration minutieuse des décors, Yoshi and the Mysterious Book pousse constamment le joueur à se poser des questions. « Que se passe-t-il si je donne ce fruit à cette créature ? » « Et si je l’amène dans cette autre zone ? » « Peut-elle interagir avec cet élément du décor ? » « Est-ce qu’elle peut servir d’outil pour résoudre ce puzzle ? » Le jeu récompense très régulièrement cette curiosité, et chaque nouvelle interaction découverte ajoute une entrée à l’encyclopédie de Mysterius, ce qui crée une boucle de progression extrêmement satisfaisante pendant une bonne partie de l’aventure. On retrouve presque un côté “Pokédex expérimental”, où le plaisir vient autant de la découverte des comportements que de la résolution des énigmes elles-mêmes.

Yoshi and the Mysterious Book

PLATEFORMER OU PUZZLE GAME ?

En lisant cet intertitre qui pose cette question, on se rend surtout compte que c’est probablement le changement le plus important par rapport aux anciens Yoshi : la plateforme devient secondaire. Bien sûr, notre animal conserve tous ses mouvements classiques et le saut plané reste central dans les déplacements, les œufs permettent toujours de taper les ennemis et  les objets à distance, tandis que l’attaque au sol sert encore à révéler des éléments cachés. Les bases sont là, ça n'a pas bougé, mais désormais elles servent surtout de boîte à outils au service de ce qu'on pourrait appeler un puzzle design En fait, les niveaux sont construits comme de petits espaces semi-ouverts remplis de mécanismes à comprendre plutôt que comme des parcours d’obstacles. La sortie d’un stage n’est d’ailleurs pas toujours évidente dès le départ et certains d'entre eux demandent par exemple de faire pousser une plante gigantesque, d’attirer une créature spécifique vers une zone précise, de déclencher une réaction en chaîne ou encore de modifier complètement l’environnement. Et c’est là que le jeu devient intéressant, car il refuse presque systématiquement la solution unique et ultra guidée. Très souvent, le joueur comprend intuitivement quoi faire grâce à l’observation des comportements du décor et des créatures. Cette approche donne parfois l’impression d’être dans un bac à sable miniature, où les niveaux deviennent des terrains d’expérimentation où les systèmes interagissent entre eux de manière étonnamment organique pour un jeu Nintendo aussi accessible.

Yoshi and the Mysterious Book

Toute la richesse du jeu repose sur son bestiaire d'ailleurs, puisque chaque créature introduit une nouvelle mécanique de gameplay, et Good-Feel en imagine plusieurs dizaines au fil de l’aventure. Certaines servent de moyen de transport, d’autres deviennent des outils de plateforme, des armes improvisées ou des clés permettant de modifier l’environnement. Une petite créature peut produire des bulles géantes pour atteindre des hauteurs impossibles autrement. Une autre fonctionne comme un trampoline vivant. Certaines espèces réagissent au feu et changent totalement de comportement. D’autres absorbent l’eau, déplacent des objets, génèrent du vent ou creusent des passages. Le plus intéressant, c’est que le jeu ne limite pas ces interactions au niveau d’introduction de la créature. Lorsqu’une espèce réapparaît plus tard dans un autre environnement, de nouvelles possibilités émergent naturellement. Par exemple, une créature découverte dans une forêt peut soudain devenir la solution à une énigme aquatique plusieurs chapitres plus tard. Le jeu pousse alors le joueur à réutiliser ses connaissances précédentes, un peu comme un puzzle game systémique. Cette logique donne énormément de personnalité au gameplay. On ne retient pas les niveaux uniquement pour leurs décors, mais aussi pour les comportements des créatures qui les habitent. Certaines idées sont d’ailleurs franchement excellentes, et certains niveaux demandent par exemple de manipuler plusieurs espèces simultanément afin de créer des réactions en chaîne particulièrement satisfaisantes. D’autres jouent sur le timing, la musique ou même les propriétés physiques des bestioles. Le jeu donne parfois l’impression d’être une immense boîte de jouets interactive.

Yoshi and the Mysterious Book

POURQUOI S'ARRÊTER EN SI BON CHEMIN ?

Mais c’est aussi là que réside la plus grande frustration du jeu. Pendant une bonne moitié de l’aventure, Yoshi and the Mysterious Book reste relativement sage dans sa manière d’utiliser ses systèmes. Les idées sont nombreuses, souvent charmantes, mais rarement poussées très loin. Puis arrive enfin un moment où le jeu semble révéler son véritable potentiel. Sans trop spoiler, une mécanique introduite dans la seconde moitié permet enfin au joueur de mobiliser librement les capacités des créatures déjà rencontrées afin de résoudre des situations complexes. Et soudain, tout change. Le gameplay devient beaucoup plus ouvert. Les énigmes cessent d’être des expériences isolées pour devenir de véritables problèmes à résoudre avec les outils accumulés pendant l’aventure. On commence enfin à combiner les mécaniques entre elles, à improviser des solutions, à réfléchir différemment aux niveaux. C’est probablement le meilleur passage du jeu. Le problème, c’est que cette idée arrive très tard… et disparaît presque immédiatement ensuite. Le titre retourne rapidement à sa structure habituelle faite de micro-expériences indépendantes. Et forcément, c'est frustrant. Car pendant quelques instants, Yoshi and the Mysterious Book montre clairement qu’il aurait pu devenir un immense puzzle game systémique à la Nintendo, capable de rivaliser avec les meilleures idées modernes du genre. Au lieu de ça, il reste souvent coincé dans un format trop léger, disparate et plus fragmenté.

Yoshi and the Mysterious Book

LES ENFANTS D'ABORD

Autre élément important : Yoshi and the Mysterious Book est un jeu bienveillant, qui ne cherche jamais à punir le joueur. La difficulté repose presque exclusivement sur la compréhension des systèmes et non sur l’exécution. Les ennemis sont peu agressifs, les dangers rares, et Yoshi peut pratiquement tout survivre sans conséquence sérieuse. Et cette absence de pression change complètement le rapport au gameplay, vu que le joueur expérimente librement, sans peur de perdre sa progression ou de recommencer une longue séquence. Et si la première découverte d’un niveau procure presque toujours un sentiment d’émerveillement, revisiter les mêmes zones pour compléter les objectifs secondaires peut rapidement devenir répétitif. Une fois les principales découvertes réalisées, certains environnements perdent une partie de leur intérêt ludique. Et cela renforce énormément l’aspect “terrain de jeu” voulu par Good-Feel. Le truc, c'est que cette philosophie a aussi ses limites. Les joueurs qui espéraient retrouver le feeling plus exigeant de certains platformers Nintendo risquent de rester sur leur faim, même si depuis plusieurs années, la firme de Kyoto a abandonné le fait de proposer des jeux exigeants. Les séquences purement basées sur les réflexes restent rares, et même les niveaux les plus orientés plateforme privilégient souvent l’expérimentation à la difficulté. Le véritable challenge apparaît surtout dans la complétion. Et c’est précisément ce qui rend l’expérience à moitié complète : Yoshi and the Mysterious Book n’essaie jamais d’être difficile au sens traditionnel, il veut surtout donner envie de tester, manipuler et comprendre.

Yoshi and the Mysterious Book

Malgré cette répétitivité progressive, le studio Good-Feel parvient généralement à maintenir un rythme agréable grâce à une structure très souple. Les niveaux alternent constamment entre exploration paisible, puzzles environnementaux et séquences plus orientées plateforme. Le jeu évite intelligemment l’effet de saturation en proposant régulièrement de nouvelles créatures et de nouvelles idées de gameplay. Certaines mécaniques ne durent qu’un seul niveau, ce qui permet de conserver un sentiment de fraîcheur presque permanent pendant une bonne partie de l’aventure. La progression fonctionne également très bien grâce aux nombreux retours dans les anciens chapitres. Certaines interactions ne deviennent possibles qu’après avoir découvert de nouvelles créatures plus tard dans le jeu, ce qui encourage naturellement la revisite des niveaux précédents avec un regard différent. Le contenu est d’ailleurs plus conséquent qu’il n’y paraît. L’aventure principale peut être terminée en une douzaine d’heures environ, mais la recherche du 100% peut facilement doubler cette durée de vie. Les complétionnistes y trouveront énormément de matière : découvertes cachées, variantes de niveaux, fleurs secrètes, indices à débloquer, éléments d’interface personnalisables ou encore encyclopédie complète des créatures. Même si certaines activités deviennent répétitives, il faut reconnaître que le jeu déborde de contenu et de petites idées annexes.

L’ambiance sonore de Yoshi and the Mysterious Book accompagne parfaitement cette approche plus contemplative. Les musiques misent principalement sur des mélodies légères, presque enfantines, avec des instruments rappelant parfois des comptines ou des boîtes à musique. Certaines compositions se montrent étonnamment mémorables, notamment dans les niveaux plus dynamiques où les créatures participent directement à la musique. Plusieurs puzzles utilisent d’ailleurs le rythme ou le chant comme élément central du gameplay, ce qui apporte une variété bienvenue. Le résultat est extrêmement chaleureux, même si certains morceaux ont la fâcheuse tendance à se répeter et à tourner en boucle. On s'est permis de couper le son par moments tellement ça tournait sans  cesse autour des mêmes notes musicales.


Yoshi and the Mysterious Book

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