Super Mario Galaxy : un bon moment malgré des défauts évidents ? (Critique)


Super Mario Galaxy : un bon moment malgré des défauts évidents ? (Critique)

Trois ans. Nous sommes seulement trois ans après la sortie du film d’animation Super Mario Bros qui avait littéralement explosé le box office avec ses 1.3 milliard de dollars générés dans le monde, et Nintendo comme le studio Illumination nous sortent déjà une suite. Il faut quand même se rendre compte de la vitesse à laquelle le studio d’animation a réussi à pondre ce deuxième épisode, mais comme chacun sait, il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud. Et puis surtout, le film part avec un avantage certain, il n’a pas besoin d’avoir une histoire solide ou d’un semblant de narration pour attirer le grand public au cinéma. Parce que je vous rappelle quand même que le premier film Super Mario Bros a été adulé par les spectateurs, mais vivement critiqué par la presse pour son absence d’histoire, ou même de cohérence narrative. C’est un immense défaut pour certains, ce n’est pas très grave pour d’autres. Est-ce qu’on va avoir droit à la même fracture entre la presse et les spectateurs pour ce Super Mario Galaxy ? Nintendo et Illumination ont-ils corrigé le tir pour nous offrir un deuxième épisode mieux construit et mieux raconté ? C’est ce qu’on va voir ensemble…




Ce qui est bien avec Super Mario Galaxy, c’est qu’il part avec un avantage évident par rapport au premier film, c’est qu’il est totalement libéré des contraintes de l’introduction de son monde et de ses personnages, et donc qu’il peut se focaliser sur ce qu’il a envie de raconter. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est que non, l’histoire de Super Mario Galaxy n’est pas pire que celle du premier film. Au contraire même, je trouve que Illumination et Nintendo ont fait un effort dessus, même si je suis d’accord que ça reste léger, insuffisant et surtout pas à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre d’un vrai film d’animation, quand on a des Pixar, des Dreamworks ou des Studios Ghibli à côté. Mais dire que l’histoire est totalement vide, c’est faux. Oui, le film part dans tous les sens. Oui, il essaie de caser un maximum de références à la seconde et oui, il y a parfois aucun lien entre certaines scènes et c’est un défaut évident, mais dire que l’histoire de ce Super Mario Galaxy est moins bonne que celle du premier film est factuellement faux. D’ailleurs, l’intro du film nous pose les bases de cette intrigue, qui est de nous raconter la genèse du personnage de Harmonie, comment ce personnage va s’intégrer à cet univers, au film et surtout, va-t-il répondre à l’une des plus grandes théories établies par les fans depuis la sortie du jeu Super Mario Galaxy sur Wii en 2007, à savoir Harmonie est-elle la fille de Peach ? Sans divulgâcher quoi que ce soit évidemment, Nintendo et Illumination répondent à cette question dans le film, et il est certain que le reveal fera son petit effet auprès du public concerné.

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SHE'S JUST A COSMIC GIRL

Là où ce second opus marque une rupture nette avec le premier, c’est dans son changement d’échelle. Le cadre narratif s’affranchit des limites terrestres pour embrasser une dimension cosmique, en cohérence avec l’esprit du jeu dont il s’inspire. Et forcément, ça change tout. Le film voit plus grand, avec une volonté assez évidente d’élargir l’univers et de poser les bases de quelque chose de plus vaste, presque une sorte de “Nintendo Cinematic Universe” en devenir. On connaît le MCU avec Marvel, il y a désormais le NCU avec Nintendo et bien sûr, c’est au travers du personnage de Fox McCloud, le héros de Star Fox, que les univers peuvent se croiser. Rien de surprenant si on est un N-Sex, Nintendo a déjà réalisé son propre cross-over avec Super Smash Bros et il n’est pas interdit qu’un jour la fime japonaise aille plus loin dans le délire. Pour l’heure, ce n’est pas le cas, quand bien même vous verrez du Pikmin, du Game & Watch et du du StarFox. D’ailleurs, parlons-en de ce cameo incroyable, qui aurait pu avoir un impact considérable dans la salle si Nintendo ne s’était pas amusé à spoiler la présence du goupil dans sa campagne promotionnelle. Très sincèrement, on ne comprend pas trop cette décision marketing, car Fox McCloud a un rôle assez important dans le film (bien plus que Yoshi d’ailleurs) mais il aurait été plus judicieux d'en parler après la sortie du film, laisser aussi la surprise aux spectateurs et les laisser faire le bouche-à-oreille sur les réseaux sociaux. Nintendo aurait dû attendre au moins une semaine que le film soit en salle pour l’évoquer officiellement. Personnellement, c'est une surprise gâchée et du sabotage presque inconsciente.

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YOSHI, LE FIGURANT ?

Autre grosse déception : le personnage de Yoshi. Là aussi, comment ne pas être déçu du traitement apporté dans le film ? Yoshi, c’était littéralement le personnage teasé dans la scène post-crédit du premier film et qui est finalement relégué au rang de figurant dans ce Super Mario Galaxy. L’introduction du personnage est expéditive, son développement quasi inexistant, et son rôle se limite à quelques interventions anecdotiques. Il ne bénéficie d’aucune véritable scène marquante, ni d’une caractérisation digne de ce nom. Cette sous-exploitation est d’autant plus regrettable que Yoshi constitue l’un des personnages les plus iconiques et appréciés de la franchise. Un peu à la manière de la rencontre entre Mario et Toad dans le premier film de 2023, l’amitié entre Mario, Luigi et Yoshi se cristallise en l’espace de 30 secondes, dans un lieu en sus un peu hors-sujet : un pyramide, celle aperçue dans Mario Odyssey. Les références avant la cohérence. Alors oui, Yoshi ne manquera pas d'avaler quelques ennemis sur son passage, pour ensuite les déféquer en un gros oeuf. C'est certes amusant, mais son rôle de fidèle destrier de Mario n’est jamais assumé dans le film. Il a bien une scène où Mario monte sur son dos pour échapper à la chute du château de Peach, mais rien de plus. Yoshi n’a pas de scène marquante dans ce Super Mario Galaxy et avoir casté Donald Glover pour faire sa voix relève plus du name dropping que d'un choix artistique. Et pour cause : le comédien est méconnaissable dans le film, pour la simple raison que sa voix a été modifiée pour ressembler à celle de Yoshi dans les jeux vidéo. Et puis, en termes de ligne de dialogue, Donald Glover s'est contenté de prononcer le mot "Yoshi" à peine 4 fois durant 1h40 de film. A ce stade, on n'est pas loin de la publicité mensongère...

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LESS IS MORE

 

Et c’est précisément ce qui rend l’ensemble d’autant plus regrettable, puisque tous les éléments étaient réunis pour accorder une véritable place à Yoshi ainsi qu’aux nouveaux personnages introduits dans Super Mario Galaxy, d’autant que Mario et Luigi se trouvent ici légèrement en retrait, ce qui était assez intéressant L’intention semblait en effet de construire un univers plus vaste, plus riche et plus équilibré, où la narration ne reposerait plus exclusivement sur les deux figures centrales de la franchise. Dans cette logique, le film amorce même une tentative d’approfondissement thématique, en abordant des sujets plus personnels tels que la famille, les origines ou encore les relations entre les personnages, une démarche louable qui laissait entrevoir un véritable enrichissement de l’écriture. Toutefois, ces promesses demeurent en grande partie inabouties : si certaines idées sont pertinentes, elles restent trop souvent à l’état d’ébauche, à peine esquissées, comme si le récit ne s’accordait jamais le temps nécessaire pour les développer pleinement. Ce constat renvoie à une problématique plus globale qui traverse l’ensemble du film, à savoir une volonté constante d’en faire toujours trop, au risque de saturer la narration. Le rythme adopté est particulièrement soutenu, voire épileptique, ne laissant que peu d’espace au spectateur pour respirer, assimiler ou simplement apprécier les différentes séquences. Très vite, le film enchaîne les scènes spectaculaires, les couleurs flashy, les musiques ultra présentes, les personnages qui défilent, et ça ne s’arrête quasiment jamais pendant 1h40. C’est impressionnant, oui, mais aussi assez fatigant à la longue, parce qu’on a à peine le temps de digérer une scène qu’on est déjà passé à la suivante. On sent d'ailleurs une vraie influence des formats courts repris des réseaux sociaux, avec des séquences pensées comme des moments forts, presque faits pour être isolés ou partagés. Pris individuellement, ça fonctionne bien, mais une fois assemblé, ça donne un ensemble parfois un peu brouillon. Du coup, même si le film reste fun, il perd un peu en lisibilité et en impact émotionnel.

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PEPITE VISUELLE

Par contre, là où le film met tout le monde d’accord, c’est sur l'aspect visuel. Illumination maîtrise clairement son sujet : c’est beau, coloré, ultra fluide, hyper dynamique, avec des environnements variés et un vrai soin apporté aux détails, surtout dans les séquences spatiales. On sent qu’il y a du savoir-faire, et même une envie de se renouveler visuellement. Et puis la mise en scène des combats et dieu sait qu’il y en a dans le film sont vraiment très réussies. Combien de fois j’ai été subjugué par la mise en scène, les idées de plan et cette caméra qui suit les protagonistes avec parfois beaucoup d'imagination. C'est assez satisfaisant. Que retenir, au fond, de ce Super Mario Galaxy ? Qu'il s’agit avant tout d’une suite conçue pour satisfaire son public, et cela ne fait aucun doute : un public venu chercher un divertissement simple, agréable, surtout en famille, sans prise de tête. Super Mario Galaxy se présente ainsi comme un film spectaculaire, généreux, parfois même grisant, qui réconforte et laisse un souvenir plaisant, à l’image d’un petit bonbon sucré que l’on savoure sur l’instant. Toutefois, si l’on prend le temps d’une analyse plus approfondie, on constate que cette suite manque d’une véritable histoire et d’une narration pleinement construite pour pouvoir prétendre rivaliser avec des références du cinéma d’animation telles que Pixar, DreamWorks ou Studio Ghibli. Ce n’est peut-être pas l’objectif premier de Nintendo et Illumination, mais les deux sociétés auraient beaucoup à gagner à canaliser leur énergie et à structurer davantage leur récit. Pour l’heure, le film reste un peu surchargé et gagnerait à lever le pied pour mieux respirer, mais malgré tout, il parvient à offrir un moment agréable et divertissant.

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CONCLUSION

Super Mario Galaxy est une suite qui sait très bien ce qu'elle fait et surtout cible un public en particulier : celui qui cherche avant tout à se divertir, principalement en famille, et surtout sans prise de tête aucune. Si le film brille indéniablement par sa maîtrise visuelle et son énergie communicative, il peine toutefois à atteindre une véritable profondeur narrative, laissant certaines pistes thématiques à l’état d’esquisse et sous-exploitant des personnages pourtant prometteurs comme Yoshi. On peut regretter ce déséquilibre entre ambition et exécution, où le rythme effréné et l’accumulation de séquences spectaculaires finissent par nuire à la lisibilité et à l’impact émotionnel. Néanmoins, Super Mario Galaxy réussit pleinement dans sa mission première : offrir un spectacle visuellement impressionnant, dynamique et fun, capable de procurer un moment de divertissement immédiat et mémorable, tout en posant, peut-être, les bases d’un univers étendu que Nintendo et Illumination pourraient explorer et structurer avec davantage de soin dans de futurs opus. On a passé un bon moment, malgré les défauts évidents.

NOTRE NOTE : 6/10

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