Spiders : c'est la fin pour le studio français derrière Steelrising et GreedFall

Le studio parisien Spiders, connu pour les jeux Steelrising, GreedFall ou encore The Technomancer, se dirige vers une fermeture imminente, faute de repreneur. Selon le média Origami et certains anciens employés qui se sont exprimés sur Twitter, aucune offre n’a été déposée pour racheter la structure, pourtant mise en vente ces dernières semaines par sa maison-mère Nacon, en grande difficulté financière. Depuis son placement en redressement judiciaire en mars 2026, Nacon cherche des solutions pour alléger une situation devenue critique, notamment après le refus d’un prêt bancaire qui devait permettre au groupe de respirer à court terme. Dans ce contexte, la cession de certains studios apparaissait comme une issue possible, et Spiders figurait parmi les candidats les plus logiques, avec près de deux décennies d’expérience et une identité bien installée dans le paysage du RPG européen.
Pourtant, malgré cet historique et plusieurs licences identifiées, aucun acteur du secteur ne s’est positionné, ce qui en dit long sur la prudence actuelle du marché. Faute de reprise, la prochaine étape devrait être une demande de liquidation judiciaire examinée par le tribunal de commerce, ce qui signerait la fin du studio fondé en 2008. En interne, les équipes se préparent déjà à cette issue, avec des initiatives concrètes pour gérer les derniers jours d’activité, comme la revente du matériel aux salariés qui le souhaitent, ou encore des moments de rassemblement pour marquer symboliquement la fin d’une aventure collective de dix-huit ans.
Spiders s’était progressivement construit une place à part dans l’industrie, en développant des RPG dits “AA”, avec des budgets limités mais une ambition réelle en matière d’univers, de narration et de systèmes de jeu. Des titres comme GreedFall avaient réussi à toucher un public fidèle en proposant une alternative aux grosses productions, tandis que Steelrising illustrait une volonté de prendre des risques, en revisitant la Révolution française à travers une approche inspirée des Souls-like. Malgré des imperfections techniques assez flagrantes, le studio avait su imposer une signature reconnaissable, ce qui rend aujourd’hui sa disparition d’autant plus marquante. Le dernier projet en date, GreedFall 2 The Dying World, n’a toutefois pas rencontré le même accueil que ses prédécesseurs, avec des retours pas terribles, dans un contexte déjà fragilisé par les difficultés financières du groupe. Même si un seul lancement ne suffit pas à expliquer une telle situation, il a probablement pesé dans la perception globale du studio au moment où celui-ci cherchait un repreneur.
Les difficultés ne se limitent pas à Spiders, puisque plusieurs autres entités liées à Bigben Interactive, comme KT Racing, Cyanide ou encore Nacon Tech, sont elles aussi concernées par des procédures de redressement judiciaire. La différence, c’est que Spiders est, à ce stade, le seul studio à avoir été explicitement proposé à la vente, sans succès, ce qui en fait aujourd’hui le cas le plus critique au sein du groupe.
Fondé en 2008, le studio avait progressivement construit sa réputation dans le domaine du RPG “AA”, avec une approche typiquement européenne, faite d’ambition narrative et de contraintes budgétaires assumées. Après des débuts marqués par des collaborations, notamment avec Focus Home Interactive et un passage par le co-développement avec Cyanide sur Of Orcs and Men, Spiders avait pris son indépendance créative avec Mars War Logs en 2013, ce qui avait posé les bases de son identité. Longtemps associé à la direction de Jehanne Rousseau, le studio a ensuite été racheté en 2019 par Bigben Interactive, avec l’ambition d’en faire un pilier du catalogue Nacon. Cette période a notamment donné naissance à Steelrising, qui avait permis au studio de franchir un cap en termes de visibilité, avant une phase plus complexe marquée par des changements internes, dont l’arrivée d’Anne Devouassoux à la direction en 2023.
Les dernières années ont été plus difficiles, entre une réorganisation interne, la multiplication des projets et l'annulation d’un jeu sous licence encore non annoncé publiquement, connu sous le nom de code “Dark”. Le développement de GreedFall 2 était entré dans sa phase finale, tandis qu’un nouveau projet en pré-production devait assurer la suite. C’est précisément ce travail préparatoire qui occupait encore les quelque 70 employés du studio avant l’arrêt brutal de l’activité. À ces difficultés industrielles se sont ajoutées des tensions sociales, plusieurs alertes ayant été relayées ces dernières années par le STJV au sujet des conditions de travail et du dialogue interne au sein du studio, contribuant à fragiliser un peu plus une structure déjà sous pression.
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