Astérix & Obélix l'Empire du Milieu : analyse d'un échec programmé (critique + note)


Astérix & Obélix l'Empire du Milieu : analyse d'un échec programmé (critique + note)

Cinquième film en live-action tiré des bandes dessinés Astérix & Obélix, L'Empire du Milieu aura tout de même mis 11 ans à se concrétiser. Il faut dire que le dernier épisode, Au Service de Sa Majesté, fut un échec commercial avec ses 4 millions d'entrées. C'est d'ailleurs l'un des points de crispation de chaque film Astérix & Obélix : ils coûtent cher à produire et chez Pathé, on ne sait toujours plus vraiment angler une adaptation, qui fasse à la fois honneur aux BD et parviennent à exister comme oeuvre cinématographique à part entière. Pour la famille Goscinny et Uderzo, Guillaume Canet et toute sa bande de copains semblaient être les candidats idéals pour relancer la franchise, et le cinéma français par la même occasion. Pas de bol, c'est encore plus raté que prévu...


Pourquoi Astérix et Obélix L’Empire du Milieu est-il déjà considéré comme une catastrophe cinématographique ? Pour l’heure, au moment de la publication de notre critique, on ne sait évidemment pas si le film sera un échec commercial. Il n’est pas impossible que le grand public se rue en masse dans les salles, surtout que le film a une aura familiale qui saura séduire le jeune public qui ne verra pas tous les problèmes qui sont liés à la super-production de Pathé Gaumont. Avec l'arrivée des vacances d'hiver, le film se place donc comme un très bon candidat pour une projection ciné en famille pas prise de tête. En plus, le casting n'a pas hésité à ratisser large, du comédien français au footballeur suédios, en passant par des chanteurs, des rappeurs, des YouTubeurs et même quelques influenceurs. Pour les grands pontes de Pathé, le cocktail avait un goût de potion magique, alors qu'en réalité il ne s'agissait que d'une bombe à retardement. Car artistiquement et cinématographiquement, Astérix et Obélix L’Empire du Milieu est bel et bien le film qui a succombé à tous les pièges qu’il se devait d’éviter.

 

La première erreur, c’est d’avoir essayé de refaire un Astérix et Obélix Mission Cléopâtre, une redite, un ersatz. Et ça se comprend, avec plus de 14 millions d’entrées en 2002 et une aura de film culte intouchable, le film d’Alain Chabat reste toujours le milestone à atteindre. D’autant qu’en terme d’humour et de ton décalé, on n’a pas réussi à faire mieux. Astérix et Obélix Mission Cléopâtre est entré dans la légende et il n’y aura pas d’équivalent ; du moins, tant qu’on essaiera de le recopier. Il faut se faire à l’idée que le film appartient à son époque et un esprit Canal+ qui n’existe plus aujourd’hui, et tenter de reproduire le même schéma est un échec inévitable. Autre piège dans lequel il ne fallait pas tomber, faire un film de "copains" avec un enchevêtrement de sketchs plus nazes les uns que les autres. Et malheureusement, Astérix et Obélix L’Empire du Milieu a plongé tête la première dans ce qu’il ne fallait faire, à savoir reproduire ce qui avait été fait avec Astérix et les Jeux Olympiques en 2008, en intégrant un maximum de caméos aussi inutiles que gênants. Le truc, c’est que Astérix et les Jeux Olympiques avait au moins eu la délicatesse d’attendre la fin du film pour nous balancer toutes ces superstars qui ne savaient pas jouer la comédie.

Cinéma et Jeux Vidéo

 

Pour L’Empire du Milieu, tous ces guests ont été intégrées dans la structure du film et faisaient même partie intégrante de la campagne promotionnelle. Et ça, c’est symptomatique des grands pontes de la production qui pensent que caser un maximum de personnalités de tous horizons va ramener du monde dans les salles. Sauf que c’est une erreur d’appréciation qui a été prouvé à plusieurs reprises, Maurice Barthélémy en a fait les frais avec son film "Pas très normales activités", qui avait pour tête d’affiche le YouTubeur Norman Thavaud, dont les entrées ont à peine dépassé les 100 000 tickets. On se rappelle avec désarroi que tous les films réalisés autour de la fame des YouTubeurs se sont à chaque fois cassés la gueule. Croire encore aujourd'hui qu'il existe une transformation de YouTube vers le cinéma relève d'une grande naïveté et d'une incompréhension du marché. Et c'est idem pour Astérix et Obélix L’Empire du Milieu, puisqu'il a été décidé que ce serait cool d’avoir BigFlo & Oli, Carlito & McFly (une scène de 15 secondes dans laquelle ils n'ont même pas une ligne de dialogue), la chanteuse Angèle, Zlatan Ibrahimovic, Ragnar le Breton, Chicandier, le chanteur M, Philippe Katerine, etc. Faire travailler les copains, c'est bien, on comprend le délire, mais engager des personnes qui savent a minima jouer la comédie, c'est mieux tout de même... Il y a dans cet Astérix & Obélix l'Empire du Milieu des moments de gênance absolue, comme la saynète des deux rappeurs frangins que sont BigFlo & Oli, où ils parviennent à ne pas être dans le ton, en décalage complet avec Ramzy qui donne pourtant de sa personne. En 30 secondes de temps d'écran, le malaise est palpable et on a comme l’impression d’être propulsé dans une vidéo Youtube en featuring avec les deux rappeurs, tellement ça semble irréel.

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Zlatan, même délire. Quelle malheureuse idée d’avoir fait appel à lui ? On adore le footballeur, le personnage qu'il représente sur le terrain, mais clairement il n'est pas encore fait pour la comédie. Pire encore, et c'est une vraie incompréhension de la part de Guillaume Canet, Zlatan ne parlant pas correctement pas le français, il aurait fallait le sous-titrer pour au moins respecter le spectateur. On sait que le tournage avec Ibrahimovic a été compliqué, et Guillaume Canet s'en est d'ailleurs expliqué en interview, relatant que le footballeur s'était blessé à la jambe quelques semaines avant le tournage. Professionnel, Zlatan a honoré sa présence mais au lieu de la journée de travail qu'il devait faire, ce dernier n'avait que trois petites heures de disponible avant de reprendre son avion pour Milan. Résultat, une séquence intégrée aux forceps, qui pope dans le film comme une fenêtre publicitaire sur une page Google Chrome, et des échanges avec Vincent Cassel qui frisent le ridicule. Oui, il est compliqué de donner des ordres à Zlatan, mais à un moment donné, il faut se rappeler qu'on est en train de tourner un film de cinéma de 65 millions d’euros, et non un sketch sur YouTube diffusé tous les dimanches... De toutes les façons, le reste du casting, aussi 5 étoiles soit-il est aussi à côté de ses pompes. Et ce n’est pas tant la faute des comédiens - enfin si un peu beaucoup -, mais aussi la direction d’acteur qui est aux abonnée aux absents. Et ça nous brise le coeur de le dire, mais les acteurs les moins convaincants sont mes confrères asiatiques. Julie Chen, qui joue la princesse Fu Yi (et dont c’est le premier rôle) est complètement à côté de la plaque, à chacune de ses interventions. Il faut dire que son niveau d’acting est vraiment faible, et même si elle doit porter la casquette, il faut aussi rappeler à Guillaume Canet qu'en tant que metteur en scène, il doit aussi diriger ses acteurs sur le plateau.

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Bun Hay Mean se retrouve lui aussi dans la même situation, avec des séquences elles aussi assez malaisantes en termes d'acting. Pourtant, l'homme est un habitué de la scène, à la difference près qu'il est un homme de stand-up avant d'être un comédien. Ça ne s'improvise pas. Et c’est encore plus dramatique quand il doit donner la réplique à Vincent Cassel, qui n'a plus grand-chose à prouver dans le métier. Le contraste entre les deux comédiens est tragique, et donne naissance à des scènes fort inconfortables. A tel point que dans notre salle, la fameuse projection de début décembre avec des personnes de la profession, le silence était pesant. Pas un rire, rien… Globalement, il y a dans cet Astérix & Obélix L'Empire du Milieu un problème de direction d’acteurs. Même Marion Cotillard n'arrive pas à briller dans le rôle de Cléopâtre, puisqu'elle est dans l'over-react permanent ; sans doute parce que son personnage est écrit comme tel (ils ont choisi la Cléopâtre hystérique des BD), mais aussi parce qu'elle ne croit pas au rôle qui lui a été confié. D’ailleurs, pour désamorcer la bombe et éviter un nouveau bashing sur les réseaux sociaux après l'épisode Batman de Nolan, Marion Cotillard s'est exprimée sur le plateau de l'émission Quotidien de Yann Barthès, racontant que ses enfants l'avaient trouvé mauvaise comédienne dans le rôle de Cléopâtre ; aussi parce qu'elle avait des scènes de tendresse avec Vincent Cassel en César. Malin comme stratagème, mais grillé tout de même.

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Il n’y a que deux acteurs qui s’en sortent bien dans le film in fine : José Garcia qui joue le fayot de César en mode grande folle qui rappelle la belle époque de Nulle Part Ailleurs avec Antoine de Caunes, mais aussi Gilles Lellouch qui s'en sort avec les honneurs. Il campe un très bon Obélix, tendre et avec des pâquerettes dans les yeux, toujours très juste, même quand autour de lui, ses camarades se vautrent les uns après les autres. Il est vraiment parvenu à faire oublier Gérard Depardieu et ça, ce n’était pas une mince affaire. Guillaume Canet, quant à lui, manque de panache dans son interprétation, sans doute parce son personnage manque aussi d’une écriture intéressante. Le coup du véganisme aurait pu être intéressant à explorer, mais il n'est malheureusement pas exploité dans le film, juste une séquence au début et à la fin du film. Véridique. De toutes les façons, Astérix & Obélix L'Empire du Milieu manque d’une structure cohérente. Il n’y a pas de scénario, et encore moins de narration. Tout n’est qu’une succession de saynètes qui manquent de liant et de cohérence. Et je ne vous parle même pas de l’humour complètement en décalage avec notre époque, où l’on continue de tirer sur les stéréotypes des asiatiques avec des blagues dignes du duo Gad Elmaleh / Kev Adams quand ils se grimaient en chinois sur scène. Oui, nous sommes bien en 2023...

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Quant à la réalisation, tout n’est pas à jeter dans le film. Globalement, c’est assez joli, on ressent l'argent qui a été injecté à l’écran avec un village des gaulois particulièrement réussi, des costumes assez convaincants, mais aussi quelques effets visuels sympathiques. Rien de transcendant, mais il y a eu un effort sur cet aspect. C’est du côté de la mise en scène où ça manque de souffle épique en fait. Quand on entend blocksbuster à la française à 65 millions de dollars au cinéma, on s’attend à s’en prendre plein la tête. Faire des plans aériens en drone ou avec une grue, c’est insuffisant, il faut aussi avoir une vision artistique. Là, clairement, on est dans la mise en scène de télé-novela, avec des séquences d’arts martiaux assez honteuses, où les acteurs ne savent pas se positionner et la caméra incapable d'accompagner un mouvement. C'est plat, sans ambition et d'une rigidité affolante. Mais cet échec critique (parce que c’est unanime,on était tous atterré du résultat en sortant de la projection), ce n’est pas uniquement de la faute de Guillaume Canet. C’est lui qui est au front et qui va s’en prendre plein la tronche, mais il n’est pas le seul responsable. C’est une œuvre collégiale, validée en plus par les familles Uderzo et Goscinny qui ont un droit de vote dans certaines décisions dans le film, soyez-en conscients. Quand Guillaume Canet révèle en interview qu’il a été choisi selon trois critères par les producteurs : 1/ avoir déjà fait un film qui a cartonné en salle 2/ avoir déjà tourné dans un film anglais, international 3/ avoir eu un césar, c'est qu'en termes de choix de la part des producteurs, on est en total décalage avec ce qui fait le sel du métier de metteur en scène. De quoi se rappeler les propos que Christophe Gans avaient eu à l'égart de l'état du cinéma français aujourd'hui. En France, les prises de risque n'existent plus, on fait du cinéma bas du front, sans aucune ambition artistique, l'idée étant de limiter la casse en misant sur des thématiques aussi simple que des réunions de copains autour d’une piscine et d’un BBQ. Il n’y a plus la place pour prendre des risques et faire confiance à des cinéastes qui ont de l’ambition et du talent. Ce n’est pas pour rien que Gans a du mal à faire des films aujourd'hui, même si fort heureusement Silent Hill arrive (le tournage est prévu pour le mois de mars), mais aussi que Jean-François Richet tourne davantage aux Etats-Unis que dans notre beau pays. Mais cela fera l’objet d’un autre sujet (et vidéo), puisque j’ai eu l'occasion d'interviewer le réalisateur de Mesrine et du récent Mayday, à l'occasion de sa sortie. Et vous allez voir que Richet a tout sauf la langue dans sa poche…

NOTRE NOTE : 3/10



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