R.U.S.E.


R.U.S.E.

Nous sommes en 2010, et tous les cadors du genre s’ingénient à ne pas sortir leur nouveau gros RTS cette année. Tous ? Non ! Car un studio spécialisé peuplé d’irréductibles Gaulois a décidé de lancer son premier projet depuis 2006 moins de six semaines après le débarquement de l’empereur Starcraft II. Et la vie risque de ne pas être facile pour RUSE, qui va devoir se faire une petite place sur les étals dans ce contexte commercialement défavorable…


Bien que la légende des RTS se soit essentiellement écrite aux Etats-Unis, certains studios européens sont parvenus à glisser quelques unes de leurs œuvres dans la courte liste des incontournables de la stratégie en temps réel. Malgré des débuts particulièrement difficiles, notamment marqués par la production du déplorable Times of Conflict, Eugen Systems a ainsi su progressivement se faire une place aux côtés des géants. A la manière des Suédois de Massive Entertainment et des Canadiens de Relic Entertainment, le petit développeur a assuré sa pérennité en revoyant constamment ses critères d’exigence et en signant des jeux toujours plus réussis, chiadés et intelligents. Aboutissement de ce travail de remise en question permanente, Act of War : Direct Action, produit réaliste et exhaustif paru en 2005, avait ainsi remis la guerre contemporaine au goût du jour. Après cette belle réussite, le studio est-il encore capable de nous émerveiller ? Rien n’est moins sûr ! Car en rangeant au placard les missiles balistiques qui ont fait leur succès pour nous faire entendre le grondement trop connu des orgues de Staline, les Parisiens se frottent à une concurrence furieuse et innombrable.

Le grand bluff

La Seconde Guerre Mondiale, en voilà un terrain miné ! Des dizaines de RTS se sont en effet déjà aventurés sur les routes de l’Europe en guerre, dont certains ont marqué à la fois les esprits et leurs époques. Eugen Systems relève donc un double-pari : ramasser à la fois les miettes de Starcraft II et celles de tous les chasseurs de nazis, dont le récent et brillant Company of Heroes. Même pas peur, comme nous l’a expliqué Julien Elma, assistant Chef de Projet : "Nous ne nous positionnions pas sur le même créneau que ces deux titres. Le rythme de la partie est très différent de Starcraft II, où le vainqueur est celui qui clique le plus vite, et notre approche stratégique est assez éloignée de celle de Company of Heroes . Dans RUSE, les revirements de situation sont très fréquents, le joueur peut s’en sortir jusqu’au dernier moment." Une assertion vérifiée lors d’une partie multi jouée en compagnie d’Alexis Le Dressay, patron du studio et champion du monde temporaire de son jeu, et de deux confrères, ces derniers ayant réussi à limiter les dégâts in extremis et au terme d’une charge de panzers à la mode des Ardennes. Si la situation peut basculer à tout instant, c’est que RUSE intègre un intéressant élément de gameplay: la manipulation de l’information. L’idée est simple : sur chaque carte, vous savez à peu près où est l’ennemi et quelles sont ses forces, qui apparaissent à l’écran sous la forme de pions colorés empilés tant que vous ne les avez pas en contact visuel direct. La grande idée d’Eugen Systems, c’est de vous permettre de bluffer, d’analyser, d’espionner, bref de bénéficier de tout l’arsenal du renseignement militaire pour mieux faire basculer le cours d’une bataille. En utilisant des cartes de Ruses, vous pourrez créer de fausses unités, et ainsi attirer l’attention de l’ennemi pendant que vos vraies troupes le prennent à revers, mais également découvrir tous les groupes non-identifiés d’une zone, afficher les ordres de l’adversaire, masquer vos troupes, etc. Ainsi, cette grosse pile de jetons de tanks lourds qui foncent vers votre base n’est peut-être qu’un leurre… ou peut-être pas ! Des options pratiques, ludiques et évidemment coûteuses, que les bénéfices générés par les centres de ravitaillement que vous bâtirez vous permettront de vous offrir. En bon RTS, RUSE offre évidemment toute la panoplie de construction de base et d’entraînement de troupes, sans pousser la gestion économique trop loin. Les Parisiens ont judicieusement préféré insister sur l’aspect stratégique de leur produit et se sont attelés à offrir un panel d’unités mythiques tout en soignant la prise en main de leur création.

L’équilibre au menu

Impeccablement équilibré, Act of War : Direct Action jouait habilement sur les différences entre chaque troupe. RUSE semble confirmer le soin accordé par Eugen Systems à la prise en main et à la complémentarité des unités, mais également à la variété des camps. Ainsi, la campagne solo se joue principalement du côté américain et les Yankees, parfois épaulés de quelques groupes alliés, disposent d’une armée plutôt homogène, avec laquelle vous devrez remporter 23 missions réparties sur six chapitres (campagnes d’Afrique du Nord, d’Italie, de France, de Hollande, offensive des Ardennes, et rush final en Allemagne). En multi, les possibilités sont plus nombreuses, et cinq armées supplémentaires vous tendent leurs armes : les Anglais, qui s’appuient sur une aviation performante ; les Allemands, dont les Panzers font donc de gros dégâts ; les Français, qui disposent de tanks lourds et de défenses infranchissable (remember Maginot !) ; les Italiens, qui produisent vite et pas cher ; et les Russes, spécialistes des tanks lourds et de l’infanterie pléthorique. Julien Elma souligne que les joueurs ne sont nullement obligés de produire du Spitfire à la chaîne pour triompher avec la Grande-Bretagne: "au contraire, si vous jouez avec les Anglais, votre adversaire s’attend à ce que vous l’attaquiez depuis les airs et il risque donc de multiplier les DCA. En lançant une offensive terrestre, vous avez toutes les chances de le prendre de court".

La grande idée d’Eugen Systems, c’est de vous permettre de bluffer, d’analyser, d’espionner, bref de bénéficier de tout l’arsenal du renseignement militaire pour mieux faire basculer le cours d’une bataille."

S’il est aisé de manipuler l’information, il n’est guère plus difficile de contrôler tout ce petit monde… même sur console ! Là encore, Eugen Systems fait un sacré pari en proposant un RTS multi plate-forme, mais le maniement au pad s’est révélé relativement convaincant. Vous pouvez déplacer la caméra sur la carte comme bon vous semble, et différents outils vous autorisent à sélectionner assez précisément vos unités, avant de désigner le point vers lequel vous souhaitez qu’elle converge. L’organisation d’assauts multiples est plus délicat, mais nous attendrons la sortie de la version finale pour vous livrer nos impressions sur ce point. Preview ou pas, une chose est déjà sûre, la compatibilité avec la technologie multi-touch et le PS Move n’apporte strictement rien à l’expérience. Le PC tactile a beau donner le sentiment de jouer à Minority Report, le contrôle des unités par ce biais fait perdre un temps précieux, qui sera probablement fatal aux aspirants Tom Cruise en multi. Quant au PS Move, nous nous contenterons de penser que, désireux de voir son nom apparaître dans le line-up de lancement du nouveau périphérique de la PS3, Ubisoft a pressé Eugen Systems d’apprivoiser l’objet au plus vite. Imprécis et là encore bien moins adapté à l’exercice de la guerre tactique que le binôme clavier-souris ou même que la manette, l’intégration du système de détection de mouvement de Sony ne nous a guère satisfait. A ces quelques fausses notes près, RUSE semble exécuter avec brio une partition raffinée et plus originale qu’il n’y paraît. Début des représentations le 9 septembre, sur PC, PlayStation 3 et Xbox 360.




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