The Last Guardian : quand d'autres grands développeurs donnent leur avis sur le jeu de Ueda


The Last Guardian : quand d'autres grands développeurs donnent leur avis sur le jeu de Ueda

The Last Guardian était l'un des jeux les plus attendus de 2016, et les avis le concernant sont au final assez partagés. Certains y voient un chef-d'oeuvre, digne successeur spirituel de ICO et de Shadow of the Colossus, tandis que d'autres se focalisent sur les problèmes de caméra et autres bugs de collision du petit garçon. Evidemment, les deux visions sont compréhensibles, mais pour savoir ce que le milieu pense vraiment du jeu, nos confrères de Gamasutra sont allés recueillir l'avis de plusieurs développeurs de jeux vidéo. Voici leurs réactions ci-dessous.

 

Hidetaka "Swery" Suehiro (D4, Deadly Premonition)

Trico n'est pas une IA, c'est une créature vivante. Cela ne rime à rien de qualifier Trico d'IA.

 

Cat Musgrove (Color Thief)

Tout d'abord, je suis très impressionné par les prouesses techniques qu'impliquent le fait d'avoir un personnage IA aussi central dans l'aventure, qui se déplace et réagit de manière crédible même dans des espaces confinés. Mais plus que cette prouesse, j'ai été frappé par la vitesse à laquelle je me suis attaché à Trico ! Son design est superbe. Cela aurait été facile de le faire avec de grands yeux afin de faciliter son expression, mais le fait qu'ils soient sombres permet de lui donner ce petit côté étrange et différent. La grande partie de sa force expressive vient d'ailleurs de sa bouche, ce que je n'aurais jamais imaginé. Je pense que le jeu réussit très bien à constament renforcer les liens entre le garçon et Trico, une simple interaction avec lui est amusante (comme lui envoyer des barils de nourriture). Je pense que ce jeu tire sa puissance d'un niveau de détail que je n'avais encore jamais vu.

 

Bennett Foddy (Sportsfriends, QWOP)

J'ai entendu des gens se plaindre des controles de The Last Guardian, et c'est vrai puisque la caméra peut être particulièrement désagréable. Mais pour moi, les contrôles du garçon illustrent le meilleur du design d'Ueda. Comme dans ICO, la manière dont il se déplace vous immerge dans sa personnalité profonde : jeune, maladroit et brave. Ces jeux ont une substance humaine qui est rare dans un genre rempli de robots et de tanks, ce qui contribue à en faire des jeux différents du reste. The Last Guardian est également l'un des jeux les plus saisissants d'un point de vue visuel. Comme Shadow of the Colossus, il utilise une majorité des ressources GPU pour des choses que d'autres jeux ignorent, et forcément cela l'aide à se démarquer. J'aime jouer aux oeuvres d'Ueda car ils nous rappellent à quel point la majorité des productions actuelles est enfermée dans des carcans, et à quel point la profondeur créative de ces titres est limitée.

 

Mohammed Taher - Brave Wave Productions

La musique apparaît dans le jeu de manière discrète, mais j'adore la manière dont elle est utilisée. Là ou des titres comme Dark Souls véhiculent la peur en restreignant la musique aux seuls combats de boss, Ueda et Furukawa (le compositeur) font évoluer la mélodie via de petits moments, comme lorsqu'on passe d'une grotte sombre au soleil, ou qu'on passe d'un endroit étroit à une zone plus étendue. Dans un jeu aussi confiné que The Last Guardian, c'est une bonne chose d'avoir ce rapport avec le joueur.
 

Il y a beaucoup de critiques méritées à propos de la caméra et sa manière de fonctionner à l'encontre du joueur. Ce qui m'a le plus déçu cependant, c'est de voir toutes ces recommandations de gameplay envahir mon écran, dirigeant le joueur dès qu'il s'approche du moindre objet. Cela crée un décalage lorsqu'on avance à travers des zones qui nous demandent de réfléchir à des puzzles, ou de manier quelque chose qui requiert un peu plus de jugeotte que ce que les encarts nous disent de faire. Parfois, ces suggestions peuvent même se retourner contre vous en vous suggérant une action qu'il ne faut pas faire, quelque chose auquel vous n'auriez même pas pensé si le hint ne l'avait pas suggéré. Ce mécanismes peuvent vous dépouiller de vos chances de résoudre une énigme par vous-mêmes. C'est vraiment une mauvaise surprise dans la mesure où ICO était dépourvu de tout cette aide contextuelle.

 

Rami Ismail (Nuclear Throne, Luftrausers)

The Last Guardian est un jeu PS2 avec un personnage principal PS4. Je ne dis pas ça de manière négative, mais pour situer le contexte de l'existence d'un tel jeu aujourd'hui. La PlayStation 2 existait dans un monde où les jeux AAA régnaient sur un monde dans lequel les budgets n'étaient pas encore incroyablement élevés, ce qui permettait de prendre des risques créatifs. Les jeux à l'époque étaient bien plus innovants et plus libres, ce qui est très dur à réaliser dans le monde sécurisé et ultra balisé des productions actuelles. Je ne dis pas que les jeux AAA de 2016 sont meilleurs que ceux de 2008, ils sont juste différents. The Last Guardian est un jeu de 2008 en 2016. Dans ce jeu de 2008, avec tous ses problèmes et ses défauts, on trouve Trico, une IA qui fait incroyablement PS4. Ce niveau d'émotion, cette réalisation technique, le niveau d'intelligence dont Trico fait preuve est simplement hallucinant. La créature est joueuse, dangereuse et dévastatrice, à la fois une arme et un danger. Et pourtant, on finit par s'y attacher. The Last Guardian ne devrait même pas exister, mais grâce à la détermination et au support financier de Sony, on peut voir ce qu'un jeu PlayStation 2 peut donner sur une PlayStation 4. L'interaction entre Trico et le gamin est le centre du jeu, et tout le reste semble avoir été ajouté après coup. Quant à savoir si c'est un jeu auquel vous voudriez jouer, je ne peux pas le dire.

 

James Earl Cox III (You Must Be 18 Or Older to Enter)

The Last Guardian ressemble à Duke Nukem Forever. Avec un temps de développement si important, le jeu avait déjà des rides avant même sa sortie. On peut voir les différentes étapes de développement lorsqu'on progresse dans le jeu. Annoncé dans les années 90, sorti 20 ans plus tard alors que tout a changé dans les jeux vidéo. De nouvelles techniques, menus, manettes, logiciels, système, etc. Sans un nouveau départ qui lui a permis d'utiliser les dernières avancées technologiques, Duke Nukem Forever se destinait à être une chimère. The Last Guardian a suivi le même chemin, et on le constate en y jouant. Le manque de réponse de Trico aux ordres n'est pas un mécanisme intentionnel, On voit des joueurs qui se demandent pourquoi Trico ne les suit pas, quel lien il manque, alors qu'il ne s'agit que d'un bug. Trico aurait dû les suivre. The Last Guardian aurait été superbe s'il était sorti il y a quelques années. En tant que créateur de jeu, il me fait penser au documentaire The Game that Time Forgot qui insiste sur l'importance de développer et de sortir un jeu suivant un calendrier précis et serré.

 

Benjamin Rivers (Alone Witch You)

Le monde que présente The Last Guardian est splendide, mélancolique et majestueux, avec des panoramas que je n'oublierai jamais. Malheureusement, j'ai trouvé la caméra et les contrôles très frustrants du début à la fin, ce qui ne m'a pas permis de profiter des énigmes ou de la connexion émotionnelle avec Trico. J'ai clairement été déçu par le jeu. Cependant, j'attends déjà le prochain titre d'Ueda, puisque je sais que ce sera une expérience totalement inédite.

 

Thomas Sharpe (Sole)

Ce qui m’a le plus bluffé est la capacité incroyable des designers à trouver de nouvelles opportunités pour que Trico me surprenne. Bien que tout soit méticuleusement chorégraphié, il y a eu de nombreux moments où Trico avait des réactions qui semblaient très justes. En parlant du jeu à des amis, j’ai remarqué qu’on mentionnait souvent "Mon Trico", ce qui illustre à quel point l’animation et l’IA sont essentielles pour qu’un personnage soit crédible. Finalement, malgré ses multiples défauts, je n’ai jamais joué à un jeu se rapprochant de The Last Guardian. Il est rare de voir des projets aussi ambitieux en uniques, compte-tenu du temps et des ressources que cela demande.

 

David Fenn (Acid Nerve, Titan Souls)

The Last Guardian est l’un des jeux les plus marquants auquel j’ai jamais joué. J’y ai joué avec mon colocataire, et nous sommes restés totalement silencieux lors des deux dernières heures du jeu, et une bonne demi-heure après. La crédibilité des deux personnages et l’empathie qu’ils inspirent dépassent tout ce que j’ai pu voir avant. J’ai aussi bien aimé à quel point ce jeu s’intègre bien dans le style de l’équipe de développement et de leurs anciens jeux, tout en me surprenant avec ce qu’il faut de nouveautés. Ceci dit, la frustration issue des contrôles a vraiment pesé sur le déroulé du jeu puisqu’en j’en étais conscient pendant la plupart de l’aventure. Ce n’était pas suffisant pour ruiner mon expérience, mais ça m’attriste de voir que ce genre de bêtises finit par limiter l’audience du jeu.


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